IRON LUNG
Quand Youtube fait son cinéma
Synopsis du film
Après un cataclysme mystérieux ayant quasiment détruit toute une partie de l’univers, l’humanité est en voie d’extinction. Jusqu’au jour où une planète est repérée, avec la possibilité d’y trouver des ressources essentielles à la survie de notre espèce. Le problème est que la dite planète est recouverte d’un océan de sang. Un sous-marin est alors envoyé en expédition, avec un détenu dans le rôle d’une sorte de Christophe Colomb, face à une terre inconnue. Mais il risque bien de découvrir que tapis sous les eaux rouges et sombres, il pourrait bien faire des rencontres peu recommandables…
Critique du film IRON LUNG
"Iron Lung" nous vient tout droit des États-Unis et c’est un gros coup de pied dans la fourmilière que le Youtubeur Mark Fischbach (de son nom d’artiste Markiplier) vient de donner au système hollywoodien. Auto-produit en indépendance totale pour un budget de 3 millions de dollars (on rappelle que des films comme "Insidious" ont coûté, notamment le premier, 1,5 millions) et adaptant un jeu vidéo d’horreur éponyme du développeur David Szymanski, le film montre à quel point une communauté (Markiplier a quasiment 40 millions d’abonnés) peut créer un espace pour un film qui n'aurait jamais pu se faire d’autre façon, en respectant la vision de Markiplier (mais aussi de son créateur David Szymanski crédité en scénariste), mais aussi avec une durée record pour un premier film. Beaucoup d’arguments qui ont tendance à rendre frileux producteurs et distributeurs. Mais Markiplier et ses abonnés viennent de montrer au monde qu’il existe une autre manière de faire et sortir des films. A l’heure où nous parlons, le long métrage a en effet déjà engrangé 50 millions de dollars au box office mondial. Ce qui est énorme.
Mais qu’en est-il de la qualité du film? On ne pourra que louer à la fois les efforts du département artistique, tant la reconstitution de ce sous-marin paraît crédible et inquiétante, mais aussi la performance de Markiplier (qui endosse plusieurs rôles comme producteur, monteur et réalisateur) qui tient littéralement le film sur ses épaules. Autant dans ses moments de détresse que de détermination, l’acteur-youtubeur prouve qu’il n’est pas nécessaire de faire le cours Florent pour devenir acteur. La qualité de la mise en scène est également à souligner, tant le film redouble d’efforts pour multiplier les cadres différents dans cet espace confiné, en jouant également avec notre perception de l’espace. Et lorsque l’action (assez discrète au vu de la longueur du morceau), elle se retrouve à être percutante via des mouvements de caméras secs et contrôlés qui procurent un dynamisme plus que plaisant.
Le film, après son ouverture hypnotique et nihiliste, au final d’une intensité folle parcouru de visions que Lovecraft n’aurait pas reniées, retombe un peu comme un soufflé. Et pour cause, le métrage est plus intéressé à construire son univers qu’à développer une réelle dramaturgie (le détenu est confronté à des obstacles sommes toutes banals et perd la tête plusieurs fois) et même si l’emphase est clairement faite sur notre personnage de prisonnier, son développement laisse à désirer tant il manque de substance. Alors oui, le film dissémine assez de pièces d’un puzzle plus large pour qu’on puisse comprendre son background et oui le hors champs constant du film n’arrête pas de venir titiller notre imagination, mais les situations se répètent beaucoup trop et deviennent redondantes. Alors alors qu’on est tenté de regarder notre montre, "Iron Lung" se réveille soudain et ne nous lâche plus durant ses 15 dernières minutes.
On appréciera la fidélité au matériau d’origine et certains clins d’œils (l’une des voix de supérieurs hiérarchiques est celle de Troy Baker, habitué des doublages de jeux vidéos de "The Last of us" à "Bioshock Infinite"), ainsi que l’ambiance sonore aux petits oignons visant à nous faire croire qu’on navigue en eaux très troubles. Hélas, cette narration à deux vitesses aura eu raison de la note globale du film, même si autant dans la démarche de production (et au vu du résultat !) que dans la qualité évidente du projet (alors que c’est un premier film), on est happé et hypnotisé grâce à des éclats visuels saisissants. En espérant qu’on aura droit à plus de générosité la prochaine fois, qu’on ait moins le temps de penser au fait qu’il nous manque une manette entre les mains, et qu’il y ait la création d’un réel arc narratif pour le personnage plutôt que de se contenter de sa mythologie, aussi intéressante et prenante soit-elle. Qui eut crû que Youtube fasse ce que les studios s'échinent à faire pour une somme trente fois supérieure ? Belle promesse pour la suite, "Iron Lung" a la tronche d’un monstre mal réveillé, mais devient le symbole d’un avenir radieux, ou presque.
Germain BrévotEnvoyer un message au rédacteur
