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LES INVITES DE MON PERE

Un film de Anne Le Ny

Des loups dans la bergerie ?

Un octogénaire, ancien médecin, militant, toujours engagé dans toutes les plus grandes causes humanitaires du moment, annonce à ses deux grands enfants, son projet imminent d'héberger des sans-papiers. L'aîné, sceptique, encore dans le rejet du père, accueille la nouvelle sans joie, tandis que sa fille, médecin comme papa, accueille l'événement dans une fierté sans égal. Les invités du père débarquent rapidement : une jolie blonde sexy et moldave et sa fille s'installent chez lui et mettent rapidement à mal les valeurs de la famille...

"Les invités de mon père" est le second film d'Anne Le Ny après "Ceux qui restent" avec Vincent Lindon et Emmanuelle Devos. Elle dépeint toujours avec justesse et humour la psychologie humaine. Ici c'est la famille qui déguste. Elle campe des personnages de tous les opposés, de toutes les convictions, tant et si bien, qu'on est amené quasi spontanément à prendre parti, à se dire dans sa tête, ça c'est bien, ça c'est mal. Sous ses dehors de comédie aux dialogues percutants, le sujet n'est pas aussi drôle qu'il n'y paraît.

Le scénario, très bien ficelé, nous ballade d'un sentiment à l'autre, si bien que l'on s'étonne, et qu'on découvre des araignées dans le placard. Les saints ont des failles, et le loup dans la bergerie a lui aussi sa part d'humanité. Les masques tombent un à un, et tout le monde y trouve son compte. Un peu plus de vérité, un peu moins de légèreté, et c'est chaque membre de la famille qui se révèle. A mesure que la tension dans le film augmente, les liens se resserrent.

Les acteurs, des premiers aux seconds rôles sont touchants, criants de vérité. Est-ce cet amour palpable d’une réalisatrice pour ses comédiens qui les amènent à ce degré de justesse ? Elle sait si bien les mettre en lumière, autant dans les mots d’une délicieuse ironie qu’elle leur fait dire, que dans la façon toujours bienveillante qu’elle a de les filmer, et ce, quel que soit le rôle. Les images sont d’ailleurs toujours extrêmement lumineuses, dans des tons bleutés auréolant les situations les plus tranchantes d’une douceur angélique. Un parti pris sûrement encore, celui sûrement de ne pas vouloir juger et d’amener les spectateurs à s’interroger sur leur propre famille : « qu’aurais-je fait, moi, à leur place ? ».

Pascaline CharrinEnvoyer un message au rédacteur

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