TOP : 10 FILMS MARQUANTS DE LA CARRIÈRE DE JODIE FOSTER bannière © Claire Fridkin (licence CC-BY-SA-4.0)

INSAISISSABLES 3

Un film de Ruben Fleischer

Patatrabracadabra

Synopsis du film

Quelques années après les derniers exploits des Cavaliers et leur disparition inexpliquée, un trio de jeunes illusionnistes tente d’entretenir leur héritage en usurpant leur identité dans des braquages savamment déguisés en tours de magie. Ce qui suffit à faire ressurgir devant eux les véritables Cavaliers, tous rassemblés et poussés, pour une raison inconnue, à dérober un diamant d’une valeur rare, détenu par une riche et redoutable vendeuse d’armes. Ce nouveau tour de magie s’annonce comme le plus risqué et le plus spectaculaire de tous…

Critique du film INSAISISSABLES 3

Que l’on soit magicien ou pas, on peut tous s’entendre sur le fait qu’une série de tours de magie doit autant sa force à la démesure de la surprise ressentie lors de l’exécution de chacun qu’à la variété des contextes qui caractérise leur juxtaposition. Si la saga "Insaisissables" a fini par trahir ce que suggérait son titre, c’est clairement en ne respectant pas cette double règle et en nous laissant saisir tout ce qui motive sa prolongation. Pour un premier épisode qui avait brillamment rempli sa mission en traitant la magie sous l’angle du braquage (et vice versa), le second – réalisé par un expert en mauvais goût visuel et musical – nous mettait déjà la puce à l’oreille sur ce qui tendait à gripper la mécanique. En somme, une exécution qui se borne à répéter les mêmes effets (y compris le coup du climax avec espace confiné changé en show public sous l’effet du lever de rideau), un trop-plein de spectacle qui abuse de l’effet au lieu de le peaufiner, et surtout, un récit qui tranche en deux notre suspension d’incrédulité en abusant de coups de théâtre difficiles à digérer (abracadabra : le vilain du premier film était en fait un gentil depuis le début !). Un peu tardif question timing, ce troisième épisode aurait pu réinverser la tendance (on ne voyait pas trop comment), mais se contente d’enfoncer le clou : il arrive un moment où l’on ne peut plus croire en rien et où se méfier constamment de tout n’est plus source de stimulation, mais d’un profond désintérêt.

Inutile de s’attendre à un tour de magie qui se révélerait être la face cachée d’un précédent tour de magie qui avait lui-même un double fond dans le tiroir, car tout ce que l’on ressent d’un bout à l’autre d’"Insaisissables 3" – si l’on met de côté un rythme trépidant qui cadenasse tout début de bâillement pendant un peu moins de deux heures – est le fait de sentir à l’avance qu’il y a un « truc » et que l’on va devoir attendre le moment où il sera révélé, avec un super-braquage en guise d’écran de fumée et à nouveau les mêmes mécaniques de duplicité scénique. Au fond, tout prend réellement corps au cours d’une excursion française placée pile au milieu du récit, qui voit nos quatre ou cinq Cavaliers (ou plutôt sept ou huit, vu que la Gen Z de l’illusionnisme tape désormais l’incruste) investir un château redéfini en musée des mille et une variations sur le thème du trompe-l’œil. Dédale de miroirs, chambre aux perspectives déformantes, rébus planqué dans chaque élément du décor, couloir rotatif qui inverse le sol et le plafond… Point de surréalisme psyché à la "Chapeau melon et bottes de cuir" ici, juste une sensation de fête foraine garnie de trucs éculés. Avec, en guise de point d’orgue, le coup du plan-séquence unique qui voit tous nos protagonistes enchaîner à la queue leu leu les jeux de passe-passe les plus convenus qui soient – cartes, tables truquées, caisse à double fond, et j’en passe.

Que retenir de tout ça, sinon la sensation de voir un tour qui se grippe trop vite, ne laissant à ses exécuteurs que le soin de frimer et de se forcer à rouler les mécaniques ? Ne pas trop compter non plus sur l’ampleur supposément novatrice du véritable braquage à mener, encore et toujours drivé par cette idée d’une justice mise en spectacle par une classe populaire déterminée à se venger des ultra-riches les plus corrompus de ce monde (ici une Rosamund Pike qui persiste et signe dans le rôle de la bitch blondasse au sourire Colgate), avec tout ce que cela suppose de redistribution des richesses à chaque fois. Cette redéfinition moderne de "Robin des Bois" n’a désormais plus rien d’un gros piège malin censé provoquer stupeur et plaisir. Elle fait simplement disque rayé. Tout comme l’énergie des acteurs principaux de la franchise, certes toujours très efficients pour gérer la pure dynamique de groupe, mais qui auraient gagné à accepter leur repos prolongé au sein des arcanes secrètes de l’Œil (rappelez-vous de l’ultime plan du second film…) afin de garder intacte toute forme d’illusion, surtout la leur. Quand bien même le cinéma invite toujours à dévoiler la profondeur cachée sous la surface, la magie repose sur le principe inverse. À la longue, l’un ne peut espérer servir correctement l’autre s’il persiste à en refuser les règles.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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