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INDES GALANTES

Un film de Philippe Béziat

« L’opéra de Paris, c’est chez nous maintenant ! »

En 2019 à l’opéra Bastille, Clément Cogitore décide de monter avec l’aide de Bintou Dembélé une nouvelle mise en scène de l’opéra de Jean-Philippe Rameau « Les Indes galantes ». Pour ce projet d’un genre nouveau, dans un lieu qui n’a jamais vu de danseur noir fouler son sol, la chorégraphe et le metteur en scène se tournent vers des danseurs non conventionnels. Ce film retrace l’année qui précède la première de ce spectacle venu bousculer l’opéra…

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Le film s'ouvre sur des stories Instagram, ou peut-être Snapchat, que font différents danseurs depuis le cœur de l'opéra de Paris. Les corps bougent, fluides, sur la musique de Rameau, sans ne rien perdre de l'expressivité du Krump, du flexing, du boxing. Le ton est donné, il s’agira de comprendre, en 1h48, comment ces danseurs contemporains se sont appropriés la musique de Jean-Philippe Rameau, le livret de Louis Fuzelier, porté par la vision hautement politique de Clément Cogitore.

La trame narrative de ce documentaire va être cette avancée immuable des danseurs vers une première. Leur travail acharné pour mettre en place cet opéra, comprendre les demandes d'un metteur en scène complètement habité par ce projet, qui connaît leur matière et qui prend le temps, très pédagogiquement, de leur expliquer l'histoire et les enjeux de cette œuvre classique, de sorte à ce qu’émerge pour eux les parallèles et le sens de ce qu'ils sont en train de construire ensemble.

Le documentaire suit une double chronologie, la première étant le déroulement de l'année de répétition 2019, du casting à la représentation. L'autre chronologie est celle de l’œuvre elle-même, le film de Philippe Béziat déroulant comme un chapelet certaines scènes clés qui ont fait l’objet d’enjeux particuliers : des phrases musicales complexes où les danseurs ont dû travailler avec les chœurs, les solistes et le chef d'orchestre, mais aussi des scènes avec des enjeux techniques en terme de costumes, de machinerie et de réalisation pour les charpentiers et les différents artisans de l'opéra. Alternent donc dans le déroulé de ce documentaire des scènes de mise en place et de répétition où est montré le travail, la diversité et la personnalité de chacun des danseurs, leur travail et l’évolution de leur pratique jusqu'à la représentation finale, sur la scène de l'opéra Bastille, devant un public émerveillé.

Ce film s'attache très fortement aux humains, aux hommes et femmes qui travaillent et qui ont participé à l'élaboration de cette pièce unique. La caméra vient les saisir dans leur individualité, par des portraits où certains viennent se confier, mais aussi dans les moments de travail, de répétition, de recueillement, de concentration. Une somme d'individualités qui se retrouvent réunies par ce projet qui les porte et qui fait tomber des barrières, même au sein du groupe de danseurs qui se découvrent fredonnant des airs d’opéra ou émus aux larmes par certaines paroles, alors que quelques mois plus tôt, lorsqu'ils assistaient à une représentation à l'opéra, une spectatrice, pleine d’une bienveillante condescendance, était venue les féliciter d'être venus à l'opéra, comme si leur présence en ces lieux était une marque de leur conformation à la « vraie »culture.

Ce projet a fait bouger les lignes au niveau des artistes, le monde a changé et un certain cloisonnement ne fait plus sens pour le metteur en scène qu'est Clément Cogitore, ni pour le chef d'orchestre Leonardo García Alarcón qui s'insurge contre certains retours critiques qui demandent pourquoi payer 200 euros pour voir des danseurs à qui l'on ne donnerait pas un centime dans la rue, ou même la soliste Sabine Devieilhe qui vient, au moment du salut, chercher le danseur avec qui elle a fait un solo pour l’introduire au public de l’opéra.

Les lignes ont bougé donc, mais qu'en est-il du public ? Si la standing ovation de la fin de cette première à montré que certains étaient prêts pour ce changement, on peut regretter que deux ans après cette représentation, et celles qui ont suivies, le film ne revienne pas un petit peu plus sur la réception de ce spectacle, qui, nous l'espérons, laissera des traces et ouvrira une voie, faisant mentir celles et ceux qui pensent que ces danseurs, pour l'instant, malgré leur prétention, ne sont que les invités d'un soir sur cette grande scène nationale. Que sont-ils devenus, ces trente-six danseurs qui ont enflammé la scène de l’opéra Bastille ? Ont-ils ouvert la voie à d’autres pour repenser la culture classique et l’adapter, la transposer aux mondes modernes, avec leur diversité ? Ou Clément Cogitore est-il toujours aussi seul à défendre cette vision singulière ?

Thomas ChapelleEnvoyer un message au rédacteur

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COMMENTAIRES

fandemusique

dimanche 24 octobre - 9h35

j'ai beaucoup aimé ce film, peut être mieux compris tout ce que je n'avais pas vu à l'opéra. En effet j'étais en fond d'orchestre et voyais une scène assez sombre, beaucoup de fumée, des scènes un peu incompréhensibles pour moi.. Là, Clément Cogitore m'a fait découvrir un autre monde, j'ai eu l'impression d'être plongée dans ce "milieu urbain". j'ai aimé l'enthousiasme des danseurs, leur recherche acharnée du geste même si je n'ai pas aimé pas toutes les scènes dansées... j'ai été émue par la larme d'une danseuse pendant un sublime quatuor vocal (enlacés avec les chanteurs, ils devaient ressentir les vibrations des chanteurs.

L'enthousiasme, les explications, les danseurs qui parfois finissent par chanter avec les choristes.. Et celui qui conclut nous avons mis un pied dans la porte de l'ascenseur.. OUI, ils l'ont fait.. et espérons qu'il y en aura d'autres.. Pour moi qui aime tant l'opéra, une belle leçon de MODERNISME

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