IN-I IN MOTION
Témoignage d'un dépassement de soi
Synopsis du film
En 2008, le danseur Akram Khan et l’actrice Juliette Binoche co-créent un spectacle mêlant danse et acting. Dans la première partie du film, « In-I in motion » montre les répétitions et les mois de travail passionnés pour arriver au spectacle final, montré dans la seconde partie…
Critique du film IN-I IN MOTION
Ce qu'il y a de passionnant dans ce film, c'est qu'il a une sacrée capacité à vous saisir, que vous le vouliez ou non. Car, on est bien d'accord, le synopsis n'est pas bien alléchant : plus d'une heure de morceaux de répétitions dans une salle de danse, ni moche ni belle, à laquelle s’ensuit près d'une heure de captation de spectacle. Rien d'excitant sur le papier, et pourtant. Et pourtant, il s'agit d'un document témoin incroyable. Il est rare de voir si précisément le processus créatif d'un spectacle, avec ses hauts, ses bas et ses n'importe quoi. Juliette Binoche apprend à danser, Akram Khan apprend à jouer la comédie. Tous deux sortent volontairement de leur zone de confort pour créer quelque chose de différent : danser, se toucher avec de l'émotion, puiser en eux pour créer une histoire, la mettre en scène et la jouer.
Le film commence dans un grand flou d'intention ; les deux artistes essaient de se connecter, de passer le moment gênant du contact physique à l'aide d'exercices absurdes et la sensation de regarder deux personnes atteintes de folie se fait sentir, on se dit qu'on est face à une pièce d'art contemporain à laquelle on ne comprend rien et à laquelle on ne s'attachera pas. Et puis petit à petit on commence à comprendre et même à entrevoir une direction, un thème, une forme. Petit à petit, les pièces du puzzle créé par Juliette Binoche et Akram Khan commencent à s'assembler, jusqu'à devenir une image nette. En voyant le spectacle filmé, on se remémore les mois de tentatives, de ratages et de réussites pour arriver au résultat : une œuvre dansée et jouée avec émotions, drôlerie et rage.
Six mois de répétitions, 170 heures de rush résumés pour comprendre la puissance créatrice de Juliette Binoche, sa capacité à dire oui à toutes les propositions artistiques qu'Akram Khan lui lance pendant le processus de création : « j'avais 43 ans à l'époque, l'âge auquel les danseuses arrêtent normalement. Le fait de se toucher avec une émotion rend beaucoup plus vulnérable, il faut traverser des endroits inconfortables » racontait l'actrice à l'avant-première du film présenté à l'occasion du Festival Lumière 2025. "In-I in motion" est aussi cela : le témoignage d'un incroyable dépassement de soi.
Amande DionneEnvoyer un message au rédacteur
