IMAGO
Est-il bien de sortir du lot ?
Synopsis du film
Déni (Oumar) débarque avec sa caméra en Géorgie, dans la vallée de Pankissi, à proximité de la frontière tchétchène. Il a hérité ici d’un terrain, proche de la rivière, dans un lieu considéré comme béni. Là, il rend visite à son cousin Daoud, va voir sa mère, espère voir aussi son père, et souhaite surtout montrer son projet de maison, un peu à part…
Critique du film IMAGO
Présenté à la Semaine de la critique, "Imago" est reparti du dernier Festival de Cannes avec le Prix French Touch de la Semaine de la Critique et le prix du meilleur documentaire (l’œil d’or). Suivant son metteur en scène dans un voyage dans son village natal, où il a hérité d’un terrain, le film est avant tout l’occasion de questionner le poids des traditions et des règles de vies en société. Car Déni Oumar Pitsaev vit aujourd’hui en France (sa façon de penser « est de l’Ouest »), loin de cette communauté tchétchène elle-même exilée, pour laquelle l’important est « la foi » et « les règles ». Créant initialement une certaine inquiétude de fond, au fil des rencontres (les jeunes gars se baignant habillés dans le canal, ou jouant au foot lui assènent : « ta caméra me vise »), on se demande quel va être le détail qui va rendre cet homme en apparence seul (même si les ramifications de sa famille deviennent vite évidentes), un possible indésirable.
Et c’est paradoxalement en sortant les plans et références de son projet de maison écologique, qu’il va provoquer non pas le rejet craint, mais le questionnement sur l’évolution de la tradition ou de certains a priori sur l’homme. « Les choses changent », il y a « moins d’interdictions » disent certains. Déni observe un groupe de femmes qui se permettent de rire, de critiquer le chant de celui qui leur inflige sa voix pour l’appel à la prière. Au détour d’échanges, la discussion se penche sur la notion de virilité, des anecdotes prêtant à sourire, des souvenirs générant un léger effroi, quand les injonctions à apporter une descendance se font plus ou moins pressantes. Délicatement, Déni Oumar Pitsaev se démarque de cette communauté pour laquelle on sent un partage entre tendresse et distance culturelle. Et une certaine émotion pointe son nez, alors que la décision de rester ou non se profile. Mais ce sera peut-être pour un autre film.
Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur
