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ICI-BAS

Un film de Jean-Pierre Denis

Les voies de la création sont impénétrables

Fin 1943 sous l'occupation, en Dordogne. Sœur Luce, une religieuse à la dévotion et au dévouement exemplaires, est infirmière à l'hôpital de Périgueux. La rencontre d'un aumônier, Martial, passé dans les rangs du maquis, bouleverse son existence. De l'amour du Christ à celui d'un homme, elle voit sa foi vaciller…

Vaste sujet que la foi. Les interrogations de Jean-Pierre Denis sur la naissance de la relation à Dieu et les aléas que celle-ci peut connaître avaient tout pour captiver. Fidèle aux représentations de personnages qui dévient et peinent à faire face au quotidien (« Les Blessures assassines », « La Petite chartreuse »), l'histoire d' « Ici-bas » ne déroge pas au penchant naturel du réalisateur. Luce semble à sa place en tant que religieuse, en accord avec ses croyances et son choix de vie. Comme on pouvait s'y attendre, la félicité n'étant pas un ressort narratif des plus stimulants, cet état de grâce ne va pas perdurer.

En terme de pur déroulement de l'histoire, c'est par la rencontre avec Martial que Luce va connaître le trouble, les déboires charnels et sentimentaux. Néanmoins, la mise en scène distille en amont, ça et là, des indicateurs de fissures émotionnelles qui deviendront peu à peu une plaie béante. Jean-Pierre Denis condamne toute issue, que ce soit sur le plan scénaristique ou dans le cadre spatio-temporel : le couvent et son immuable routine, la prison mentale et physique, et le contexte de l'Occupation qui contraint à des règles de vie drastiques. La surveillance militaire et celle d'un dieu "big brother" poussent à emprunter des voies parallèles, dédales semés d'embûches desquels on ne peut s'échapper.

Martial représente alors une forme de liberté, un échappatoire séduisant et un transfert idéal des frustrations de la jeune femme. Lui, lutte avec acharnement contre un schéma imposé, il se confronte à ses doutes et ses convictions. Son implication dans la résistance et l'abandon de sa fonction religieuse ne peuvent que susciter une perturbation chez Luce. Les barrages, tangibles et psychologiques, s'effondrent dans la douleur, le sang et la solitude.

La grosse faiblesse du film, c'est son absence de choix. Les possibilités sont immenses, mais trop riches, et, comble de l'ironie, il ne se passe pas grand chose. De trop nombreuses longueurs provoquent l’ennui alors qu'on aimerait comprendre. Certes, les indices distillés rendent intelligible le propos, mais ne suffisent pas à intéresser ou toucher. Des ressorts dramatiques de bouts de chandelles achèvent de façon pataude la martyrisation agonisante de l'héroïne. C'est d'autant plus regrettable que les comédiens sont excellents, ce qui ne dément pas la grande maîtrise de Jean-Pierre Denis en terme de direction d'acteurs. Une maîtrise qui nous laisse cependant sur notre faim.

Camille ChignierEnvoyer un message au rédacteur

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