ICH IST EIN ANDERER
Un huis clos troublant, porté par deux interprètes au sommet
Synopsis du film
Alors qu’il est l’un des candidats sérieux au Prix Nobel de la paix, l’ancien conseiller médical de Himmler sous le IIIème Reich, qui a pris avec sa femme un train pour Oslo, se retrouve face à une journaliste qui le remercie d’avoir sauvé sa mère d’une mort dans les camps de concentration. En réalité celle-ci, dont le compagnon photographe voyage avec elle, est là pour obtenir l’interview que celui-ci ne lui a jamais accordée…
Critique du film ICH IST EIN ANDERER
En s’attaquant à un cas qui est loin de faire l’unanimité en Allemagne, celui de Felix Kersten, masseur attitré de Himmler, entre supposé héros et potentiel affabulateur, Felix Randau ("Iceman") savait qu’il allait marcher sur des œufs. Et c’est en choisissant de réaliser un semi huis-clos, à bord 'un train amenant l’homme et sa femme vers Oslo, qu’il trouve matière à concocter un thriller où le personnage ne pourra échapper à ceux qui traquent la vérité : une journaliste et son compagnon photographe. Car dans cet espace clos, point d’échappatoire possible, seule la parole peut avoir sa place, ou non, celui qui niera avoir été SS menant le jeu en ouvrant ou fermant sa porte, à sa guise. Et c’est à un jeu du chat et de la souris, que vont se prêter les deux personnages, interprétés avec brio par Valerie Pachner et Claes Bang, qui sont plus renseignés l’un sur l’autre qu’il n’y paraît.
Tantôt séducteur habile, tantôt le visage glaçant, Claes Bang (qu’on a découvert récemment en France en architecte dans "L’Inconnu de la Grande Arche"), donne corps à cet homme que l’on sent fin calculateur. Et c’est en rendant sa femme finalement bien plus inquiétante au premier abord (formidable Susanne Wuest), que le suspense restera maintenu, l’attention étant ponctuellement détournée sur ses restes d’influence du IIIe reich, autour d’un échange sur la considération d’Hitler comme « homme de gauche » ou sa conception de l’amour comme « une maladie ». Si le récit manque ponctuellement tout de même de tension, celle-ci a tendance à aller crescendo, jusqu’à un climax lors d’une scène de massage où l’emprise se lit dans le regard de la journaliste, le plan se limitant à son œil et aux deux mains imposantes de l’ancien nazi sur ses épaules. Choisissant sciemment de limiter les flash-back aux récits de Kersten, Felix Randau utilise avec habilité quelques exagérations qui entretiennent le doute, réussissant ainsi à mettre le spectateur face à ses propres interprétations.
Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur
