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I RARELY WAKE UP DREAMING

Un film de Isabelle Stever

Un thème bouleversant à l’impact limité par la mise en scène

Synopsis du film

À Kyiv, Olya et Oleh forment un couple depuis plusieurs années. Leur histoire, née dans la scène queer de la ville, se trouve bousculée par la transition de genre d’Oleh, qui coïncide également avec l’invasion russe. Alors que la loi martiale attend des hommes qu’ils servent leur pays, ils doivent trouver un moyen de fuir le pays…

Critique du film I RARELY WAKE UP DREAMING

Immédiatement, "I Rarely Wake Up Dreaming" s’impose par la singularité de son sujet, rare et nécessaire par les questionnements qu’il soulève, celui d'une identité trans confrontée à une guerre qui exige des corps qu'ils se rangent dans des cases bien définies. Le geste d’Isabelle Stever et sa scénariste Anna Melikova est courageux, l'angle inédit, et le film réussit avec justesse à rappeler que la persécution collective d'un peuple n'efface en rien les discriminations qu’il traverse de l'intérieur. Sur le papier, difficile de ne pas être touché par cette histoire d'amour prise en étau entre bureaucratie militaire et transphobie ordinaire.

Malheureusement, le métrage se perd dans sa grammaire cinématographique, nous imposant une distance dommageable avec ses protagonistes. De ce récit d’un couple de deux femmes, dont l’une en transition de genre, confrontées à la réalité du conflit russo-ukrainien, la caméra de la réalisatrice ne parvient pas à en conserver l’âme et le cœur. En filmant son duo principal presque toujours par le biais de reflets, d'embrasures de portes ou d'épaules qui viennent s'interposer entre l’objectif et leurs visages, le spectateur finit par s’en détourner et cette mise en scène de se retourner contre l’œuvre.

Évidemment, on comprend l’intention formelle, cette volonté de matérialiser à l'écran l'invisibilisation que subit le couple, mais cette rigueur esthétique, couplée à un son délibérément épuré, installe une froideur qui nous écarte de cette intimité qui aurait mérité d'être saisie au plus près. Si le postulat se suffit pour dégager une certaine puissance émotionnelle, le dernier acte bascule dans une précipitation mélodramatique qui détonne avec la retenue affichée jusque-là, et convainc difficilement. Il reste alors de "I Rarely Wake Up Dreaming" un sujet urgent et une poignée de fulgurances visuelles, mais aussi le sentiment frustrant d'un film qui, à force de vouloir garder ses distances, ne parvient jamais tout à fait à nous faire entrer dans la chronique qu'il raconte.

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

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