I'M YOUR MAN

Un film de Maria Schrader

Un film troublant, aux charmants élans poétiques

Dans le salon de cabaret, Alma, chercheuse, fait la connaissance de Tom, un robot dont l’enveloppe imite remarquablement un être humain. Capable de répondre à toutes ses questions en un temps record, il lui paraît cependant ridicule lorsqu’il lui lance un compliment qu’elle juge ringard (« tes yeux sont deux lacs alpins… »). Mais son patron, fasciné, insiste pour qu’elle remette un rapport détaillé sur cet humanoïde. Devant ainsi le tester pendant trois semaines, elle l’accueille chez elle, aidée par l’assistante de la société qui l’a créé…

I'm Your Man film movie

Après sa présentation au Festival de Berlin 2020, où il a valu a Maren Eggert le prix de la meilleure interprétation, on se demandait bien quant on pourrait découvrir l’intrigant "I'm your man", film au pitch surprenant (une scientifique doit tester un robot comme compagnon). C’est donc chose fait. Présenté au Festival du film européen de Meyzieu 2022, plus de deux mois avant sa sortie en salles pour la fête du cinéma, le long métrage tient finalement bon nombre de ces promesses, interrogeant chacun sur ce qui fait l’humanité d’une personne. Car en mettant face à face une femme venue à douter de tout, célibataire troublée par chaque apparition de son ex, subissant un échec frontal dans son travail, et un humanoïde qui n’est là au départ que pour la satisfaire, le scénariste Jan Schomburg (co-signant avec la réalisatrice Maria Schrader) prépare un cocktail potentiellement explosif autour des questions de spontanéité, de perfection des algorithmes qui analysent nos habitudes et caractères, mais aussi de la capacité à s’extirper des stéréotypes en termes de relation amoureuses.

On s’amuse ainsi d’emblée indéniablement des clichés projetés sur le personnage féminin par ce supposé « homme idéal », notamment en terme de romantisme. Mais en fond se dessine intelligemment un contexte assez douloureux pour cette femme seule, devant s’occuper d’un père râleur qui perd son autonomie et tentant de faire bonne figure face à son ex qui, lui, a reconstruit sa vie. Le scénario surprend ainsi en amenant un curieux équilibre, entre une bonne dose d’émotion, un humour discret (la séance de reporting avec le personnage interprété par Sandra Hüller, vue dans "Toni Erdmann" et "Une valse dans les allées", qui se transforme en séance de psychanalyse est un vrai délice) et quelques jolis élans poétiques (notamment le passage ou David raconte leur rencontre rêvée).

Dan Stevens, découvert dans la formidable série "Legion", incarne avec minutie l’humanoïde, apparaissant légèrement rigide, adoptant des gestes précis et calculés, ou usant de positons relevant du stéréotype. Maren Eggert, elle, nous délivre un tourbillon de sentiments, depuis l’agacement et la rébellion, jusqu’à l’écoute et la souffrance, révélant, après "J'étais à la maison, mais...", une palette de jeu assez large. Si les désirs non assouvis font ce qu’on est, la part de mystère du couple, ses défauts de fonctionnement, l’incertitude de l’avenir, les limites du contrôle des émotions, sont autant de thématiques que le film tente de creuser à sa manière, réussissant au final à bouleverser tout en faisant passer tout ce qui fait de l’être humain un être a part, que la machine pourra toujours imiter, mais sans perfection.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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