I LIVE HERE NOW
Moins malin qu’il n’y paraît
Synopsis du film
Rose est une actrice en devenir. Elle a un petit ami tout droit sorti d’un catalogue, mais quelque chose manque à Rose. Et lorsqu’une grossesse imprévue arrive dans sa vie, les traumatismes du passé vont la pousser à se réfugier dans un hôtel pour le moins étrange…
Critique du film I LIVE HERE NOW
Le film hors compétition de Julie Pacino, son premier long métrage, a eu l'honneur de clôturer la seconde journée du festival de Gérardmer 2026, essentiellement passée sous la neige délicate et dans les salles obscures bondées. Nous avons eu droit à un préambule de la part de la cinéaste qui nous présentait son projet comme très personnel et potentiellement cryptique, indiquant qu’il amènera sûrement à des conversions entres spectateurs et spectatrices sur le bien fondé de ce qu’ils viennent de voir. Et c’est avec enthousiasme que l’on découvre la première partie d’un film à la direction artistique réalisée avec soin, tout en couleur pastelle, rappelant le bon goût d’un arlequin. On nous présente notre héroïne, Rose campée par Lucy Fry ("Wolf Creek" Saison 1), cherchant à décrocher un rôle avec substance au lieu des partitions sans âme qu’on lui propose habituellement.
Mais, et ce dès les premiers instants du film, on nous fait part d’un traumatisme étant petite fille ; une intervention au niveau génital qui aurait mal tourné. Dès ce moment, on constate effectivement que Rose traverse sa vie sans grande conviction, à chercher l’auto-destruction par la mutilation, le désir via le traumatisme et la réussite en passant par le fait de s’effacer, s’oublier (dans le couple ou au travail). Avec ses cadrages intéressants et son point de départ (à partir du moment où Rose s’enfuit, après avoir été menacée par sa future belle famille et cherche à avorter par ses propres moyens), le film nous intrigue. Elle se retrouve alors à loger dans un hôtel, le Couronne Inc., afin de traverser son épreuve dans un environnement sécurisant et au calme… ou pas. Car cet établissement est peuplé de personnages étranges, aux comportements hiératiques et parfois envahissant l’espace intime de Rose (la concierge débarque dans sa chambre quand bon lui semble, par exemple) et le film se permet quelques notes d’humour absurde… cependant un peu sage.
Sans vous énoncer la seule « surprise » que le long métrage vous réserve, afin de donner un sens à ce gloubiboulga pseudo philosophique sur l’identité et le choix d’être soi, on dira que le long métrage (dont la longueur se fait ressentir) se pense être beaucoup trop malin. Son concept étant déjà vu et recraché un nombre incalculable de fois dans le monde du fantastique, si par chance vous n’avez pas mis les pieds dans une salle de cinéma ces 30 dernières années... vous allez pouvoir être surpris. Pour les autres, contentez-vous des décors, ils sont jolis, mais le « high concept » dont le film se persuade n’est qu’un moyen assez mollasson et lourdaud de nous faire comprendre que le fantastique est souvent une métaphore… Bonjour, merci, au revoir, il n’y a pas grand chose de plus à voir, hormis quelques scènes entre réel et rêveries où souvenirs joyeux côtoient ceux plus sombres, qui nous donnent une idée de ce que le film aurait pu être s’il avait été comme promis, un puzzle cryptique qui nous laisse avec plus de questions que de réponses.
Sous couvert d’être une anomalie ou quelque chose d’unique, le long métrage se retrouve à ressembler à un jeune enfant dans une cour qui répète sans cesse la même blague le temps de la récréation. Dommage pour un premier film plein de promesses et réalisé (et interprété) avec soins, mais dont l'autosuffisance de son scénario l’empêche d’être ce qu’il aurait dû être : un vrai voyage expérimental où les clés sont rares, où le spectateur est le seul prisme du ressenti et non pas des lignes écrites sur une feuille de script roublard…
Germain BrévotEnvoyer un message au rédacteur
