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LOS HONGOS

Un hymne à la jeunesse colombienne

Calvin et Ras sont deux jeunes Colombiens de Cali, cherchant à s’épanouir malgré une société qui ne les enthousiasme guère. Ils cherchent notamment refuge dans des activités alternatives comme le graffiti...

Dès le début, "Los Hongos" semble s’inscrire dans une double filiation : le cinéma alternatif nord-américain et le cinéma social sud-américain. Quelques scènes suffisent à dresser le portrait de Ras : un jeune marginal qui ne paraît pas très motivé par les pseudo-opportunités qui s’offrent à lui (un boulot dans le bâtiment, une mère hyper-religieuse…) et qui préfère chercher un épanouissement dans le skateboard et le graffiti, bien que cela ne suffise pas à le rendre heureux. Suit la présentation de son pote Calvin, bien plus radieux et plus sociable (la complicité qu’il noue avec sa grand-mère est extrêmement touchante) mais qui partage les mêmes envies d’évasion et de culture underground – préférant pour sa part le BMX au skate.

Oscar Ruíz Navia fait le constat d’une société tiraillée entre un immobilisme culturo-social et les cicatrices d’une guerre contre les narcotrafiquants d’une part, et une volonté de modernisation et d’ouverture au monde d’autre part. Ainsi, il sème subtilement des indices de ce décalage, par exemple au travers du personnage de Gustavo (le père de Calvin, chanteur ringard et égocentrique) ou dans les scènes évoquant une campagne électorale qui ne vend définitivement pas du rêve ! Inversement, il affiche la conscience politique internationaliste de ses personnages, qui sont capables de se montrer solidaires avec les manifestants du Printemps arabe ou de s’inquiéter des risques environnementaux alors même que leur propre avenir est incertain. En fait, "Los Hongos" s’avère une véritable ode à la ville de Cali et au potentiel de sa jeunesse.

Calvin et Ras ne paraissent pas se faire trop d’illusions, certaines séquences semblant affirmer que tous leurs efforts pour atteindre leurs rêves sont vains, comme lorsque Calvin couche avec sa petite amie (et reste de marbre) ou quand les autorités viennent déloger des graffeurs investis collectivement dans la création d’une fresque profondément humaniste. Malgré tout, le réalisateur ne sombre pas dans une vision défaitiste de son pays. Il fait de ses personnages des véritables combattants pacifistes, armés de couleurs et de musiques chaleureuses, créant ainsi un hymne aux libertés et à l’imaginaire. La variation du rythme (souvent lent mais avec des accélérations fulgurantes), tout comme la plénitude de la conclusion ou la présence ponctuelle d’humour, permettent de donner à ce film une véritable vigueur communicative… et étonnamment optimiste malgré les apparences !

Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

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