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L'HOMME IRRATIONNEL

Un film de Woody Allen

L’homme a ses raisons que la raison ignore

Dans une petite ville aisée de Nouvelle Angleterre, le campus de Braylin College est en totale effervescence avant l’arrivée d’un nouveau professeur, le ténébreux philosophe Abe Lucas. La réputation qui le précède sera t-elle à la hauteur du personnage ? L’étudiante Jill Pollard et l’enseignante Rita Richards ne tarderont pas à le vérifier…

À l’antithèse de toutes logiques cartésiennes, le sentiment amoureux naît de différents stimuli aussi mystérieux que variés. Ainsi, la réputation sulfureuse de l’énigmatique professeur de philosophie Abe Lucas suffira à éveiller un profond émoi chez plusieurs femmes de l’université de Braylin College avant même son arrivée sur le campus. Une fois installé, il devient très vite l’amant de sa collègue Rita Richards, qui voit en lui un aventurier capable de l’emmener loin de sa vie monotone. Mais il séduira aussi Jill Pollard, une brillante étudiante qui, intriguée par sa légende, était déjà amoureuse de lui sans même le connaître.

Pourtant l’homme est loin d’être irrésistible. Dépressif, le professeur s’avère être un amant torturé incapable de ressentir un quelconque sentiment envers ces deux femmes, pourtant entièrement acquises à sa personne. Lassé par une existence vouée essentiellement à élever sa pensée pour servir l’humanité, le professeur a beau philosopher sur le sens de la vie, il est à présent totalement désabusé. Pourtant, il suffira d’un événement anodin, pour que notre homme retrouve goût à la vie. Ce retournement de situation réveillera chez lui ses instincts les plus primaires, transformant notre philosophe éclairé en perfide créature. Mais chut !… n’en disons pas plus.

Ainsi, avec seulement trois personnages, Woody Allen révèle tout le paradoxe de la nature humaine qui, bien qu’érudite, se laisse porter par des comportements totalement irrationnels. Grâce à une mécanique parfaitement huilée, le réalisateur analyse avec le cynisme qu’on lui connaît les différents fantasmes de ses personnages grisés par l’inconnu pour échapper à une réalité qui ne leur convient pas. Une comédie machiavélique que les puristes trouveront peut-être trop parfaite pour l’élever au rang des meilleurs films du cinéaste mais le résultat est là, infaillible. Il manque juste la petite étincelle qui ferait de "L’Homme irrationnel" un film plus personnel digne de ses chefs-d’œuvre indélébiles que sont "Match point", "Meurtres mystérieux à Manhattan" ou bien encore "Crimes et Délits". C’est le problème avec les très grands cinéastes, on attend toujours d’eux une nouvelle merveille sans se rendre compte que leurs films dits « secondaires » sont souvent de très bons films en soi.

Gaëlle BouchéEnvoyer un message au rédacteur

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