HISTOIRES DE LA NUIT
Une nuit qui ne va jamais jusqu'au bout de ses propres ténèbres
Synopsis du film
Nora, Thomas et leur fille Ida vivent dans une ferme isolée, avec pour seule voisine Cristina, une peintre italienne. Alors qu’une fête surprise se prépare pour l’anniversaire de Nora, trois inconnus débarquent et font ressortir des fantômes du passé…
Critique du film HISTOIRES DE LA NUIT
Léa Mysius fait partie de ces cinéastes qui ont réussi en très peu de projets à s’imposer comme l’une des nouvelles figures du septième Art. Après des courts métrages multirécompensés, la réalisatrice avait marqué les esprits avec "Ava" à la Semaine de la critique puis avec "Les Cinq Diables" à la Quinzaine. C’est ainsi tout naturellement qu’"Histoires de la nuit" se retrouvait à Cannes, cette fois avec les honneurs du Grand Théâtre Lumière et de la sélection en compétition officielle. Il faut dire que le challenge était ambitieux : adapter les six cents pages du livre éponyme de Laurent Mauvignier, réputé presque impossible à porter à l'écran tant sa narration ralentie et sa psychologie feuilletée semblaient résister au format des salles obscures.
Simplifiant sa construction (adieu les flashbacks) pour la resserrer sur une unité de temps, le film plonge une ferme isolée dans une nuit-abîme d'où n'émergent que des silhouettes, à l’atmosphère oppressante, renforcée par la sublime photographie de Paul Guilhaume et un travail méticuleux sur le sound design, particulièrement anxiogène. Nora et Thomas vivent à la campagne, avec leur fille, et pour seule voisine, une artiste peintre. Alors que la fête pour l’anniversaire de Nora est en pleine préparation, trois mystérieux hommes débarquent dans le foyer, apportant avec eux de nombreuses révélations… Immédiatement, la mécanique de tension fonctionne, portée par un casting cinq étoiles où Benoît Magimel compose un mielleux prédateur, façon Robert Mitchum, et où la jeune Tawba El Gharchi, dans le rôle de la gamine, s'impose comme la vraie révélation du film.
Malheureusement, cette efficacité de genre s’accompagne de limites scénaristiques, les secrets de famille et la violence qui ressurgissent du passé sont posés plus qu'ils ne sont creusés. Si visuellement, ce thriller rural ose plusieurs partis-pris, la mise en scène, aussi maîtrisée soit-elle, a trop tendance à lorgner vers l'archétype plutôt que vers la vraie noirceur psychologique que le roman promettait. Avec son symbolisme souvent appuyé, et une brutalité frontale à la recherche plus de choc que de sens, le métrage perd quelque peu son fil, annihilant l’émotion qu’il devrait servir. Indéniablement, Léa Mysius confirme son savoir-faire avec ce récit de home invasion revisité, mais cette œuvre repartie bredouille de la Croisette ne cesse de voir sa substance s’étioler, par manque de radicalité et d’éclat. Frustrant !
Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

