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HISTOIRES DE LA BONNE VALLÉE

Vivre à part, « de l’autre côté »

Synopsis du film

À la marge de la métropole de Barcelone, Vallbona (traduisible en français par La Bonne Vallée), est un endroit coincé entre autoroute, voies ferrées du RER local (les rodales ou cercanias) et une rivière, en grand partie canalisée. Là, des personnes venues de toutes parts se sont installées, souvent immigrées, formant une communauté qui résiste à sa manière…

Critique du film HISTOIRES DE LA BONNE VALLÉE

Reparti fin septembre du Festival de San Sebastian avec le Prix du Jury, "Histoires de la Bonne Vallée" offre une vision kaléidoscopique d’un quartier qui n’a jamais été pensé comme tel. Ne cachant pas son procédé, avec après quelques images en noir et blanc comme pour signifier l’ancienneté de l’occupation des lieux, une musique blues accompagnant les réflexions sur l’absence de plan d’urbanisation, le film donne à voir son propre casting. Un casting qui permet en quelques interviews, de poser le caractère de « résistants » des habitants, auxquels les routes et voies ferrées ont « pris » leur tranquillité. Ayant pour beaucoup construit leur maison illégalement, jusqu’aux années 80, les membres de la communauté sembleront par la suite se diviser entre les anciens, qui se souviennent par exemple de la lutte pour avoir l’eau et les égouts, et les plus jeunes qui continuent à braver l’interdit de baignade dans le canal. Tous cependant se retrouveront autour de fêtes, sortes de vestiges d’une insouciance qui perdure, et que la fin du film montrera comme réprimée.

Si les sujets de l’autonomie, de l’urbanisation ou de l’installation en marge ne sont pas nouveaux du côté de l’Espagne (voir par exemple deux films bien plus élaborés, eux aussi à la limite du documentaire : "Nos Soleils" de Clara Simon sur des agriculteurs catalans, et "Ciudad Sin Sueño" de Guillermo Galoe sur un bidonville de Madrid), ce documentaire produit par Jonas Trueba révèle tout de même une certaine poésie derrière une construction d’apparence chaotique et la manière que peut avoir chacun de raconter ces lieux. Un chaos à l’image finalement de l'endroit, au travers duquel on peut lire la solidarité (un vieux puit qui subsiste au fond duquel une anguille blanche aurait été signe de qualité de l’eau, des hommes âgés qui échangent autour d’une table entre deux boissons sans étiquettes…), le sentiment d’isolement dans une ville dortoir, le traumatisme du déplacement subi (deux vieux qui font renaître les traces d’un lieu où ne subsiste qu’une terrasse lézardée…), l’envie d’intégration (une femme africaine qui coiffe sa fille, une femme russe effrayée qu’on considère tous les russes comme mauvais…), l’amour d’une forme de contact avec la nature, mais aussi la revendication d’une considération (une réunion publique pour une ligne de chemin de fer qui sent le dialogue de sourds…).

Si José Luis Guerín, dont certains peuvent toujours penser qu’il est plus un plasticien qu’un réel metteur en scène (on lui doit autant le passionnant "En Construcción" que le calamiteux "Dans la Ville de Sylvia"), réussit ici à toucher du doigt la complexité d’une communauté et du lieu auquel elle est attachée, c’est qu’il a su réussir son casting, d’adultes comme d’enfants (une jolie discussion entre trois d’entre eux, perchés sur des rochers, vaut un échange de grandes personnes). C’est aussi qu’il a su de manière régulière, revenir à ce lieu de vie que se doit d’être la rivière, autour de laquelle se déroule d’ailleurs une séquence centrale, entre chaleur accablante, ombrage de la végétation, et retrouvailles réjouissantes. Une vision complétée avec intelligence par une parabole sur la fin, alors qu’une grand mère explique à une petite fille la richesse des « plantes des délaissés », dont il faut prendre soin. Une belle manière de revenir sur le traitement auquel devraient avoir droit les habitants de ce lieu enclavé, que « l’autoroute a placés de l’autre côté ».

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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