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HIJRA

Un film de Shahad Ameen

Un récit d’émancipation saoudien, qui critique les règles des hommes

Synopsis du film

Année 2001. Réalisant un voyage saint, depuis leur ville de Taïf, vers la Mecque, pour pratiquer le Ihram en compagnie de sa grand mère Zineb et de sa jeune sœur, Janna, Sarah disparaît, à la descente du bus, dans la foule des pèlerins. Zineb décide alors de ne pas terminer le Hajj et de trouver un véhicule pouvant les emmener à Jeddah, où Sarah pourrait avoir rejoint sa tante Laila. Elles tombent alors sur Ahmed, homme qui revend de l’eau du robinet comme étant de l’eau sacrée, qui accepte de les prendre dans sa camionnette…

Critique du film HIJRA

C’est avec une couche de givre sur le pare brise d’un bus que s’ouvre "Hijra", film saoudien, présentant d’emblée ses trois protagonistes, dans un bus bondé de femmes pèlerins. La grand mère refuse de faire l’arbitre entre ses deux petites filles, la plus grande, Sarah, toujours en retard, et la plus petite Janna, 12 ans, qui se disputent une paire d’écouteurs. Alors que le convoi progresse vers la Mecque, c’est le regard de Sarah que la caméra accompagne, voilé, mais aussi caché derrière les rideaux du bus, entre lesquels on aperçoit un paysage aride, des villages verdoyants, puis une foule de pèlerins qui grossit peu à peu. C’est dans cette foule, qu’une fois descendue du bus, Sarah va disparaître, avançant plus vite que les deux autres, jusqu’à finir perdue de vue.

En choisissant le point de vue de celles qui recherchent Sarah, Shahad Ameen se focalise sur la condition des femmes, dans un pays où le père ou le mari, ici éclipsés, décident de tout. Cette grand mère au visage fermé et au regard traduisant la méfiance et cette sœur qui ne peut s’empêcher d’être un peu plus ouverte au monde, se révoltant contre l’arnaque montée par leur chauffeur, constatant la souffrance d’un dromadaire attachée par les deux pattes avant, et désireuse de comprendre la supposée fuite de Sarah, finissent par en devenir des plus touchantes. Intelligemment, le film, qui nous fera traverser quelques somptueux paysages, contrastant avec les modes de vie croisés, finit par mêler aux lieux l’histoire passée de la grand mère, personnage plus complexe que le chaperon rigide qu’elle paraît être au départ.

Avec des plans marquants, des falaises au beau milieu du désert à la voiture tirée par des dromadaires, "Hijra" (de l'émigration du Prophète depuis La Mecque vers Médine en 622) aborde aussi le poids des interdits, souvent soutenus par les femmes elles-mêmes (comme l’interdiction de se rendre dans un cimetière… même pour voir la tombe d’un proche). Il expose par quelques dialogues pas si anodins, différentes lectures des textes, chacun se les appropriant à son avantage selon la situation : « seul Allah guérit », « Allah ne pardonne pas », « Allah est miséricordieux »… Mais c’est par le contact avec d’autres personnes, le chauffeur Ahmed, qui aime à plaisanter ou chanter, comme la tante Laila, qui tient un salon de coiffure à Jeddah, que des élans de vie finissent par percer, au delà des montagnes de règles. Impeccablement interprété, aussi bien par la jeune Lamar Feddan, frondeuse, têtue et curieuse, la vétérane Khairia Nazmi, hantée par des souvenirs et sa propre émigration, derrière son masque de réprobation, et le seul référent masculin, Nawaf Al Dhufairi, "Hijra" séduit et bouleverse, avec une forme de douceur marquée par le refus de la résignation.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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