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GREEN BOOK

Un film de Peter Farrelly

Drôle et émouvant, grave et aérien, politique et humaniste : une œuvre complète

Tony Lip, plus connu pour l’utilisation de ses poings que pour son amour de la musique, se voit offrir un nouveau travail : escorter un pianiste lors de sa tournée dans le Sud des États-Unis. Sauf que nous sommes en 1962, que l’artiste Dr Don Shirley est un homme noir, et que la ségrégation fait rage. Le voyage sera loin d’être une balade tranquille…

Acclamé au Festival de Toronto, triplement primé aux prestigieux Golden Globes et auréolé d’une pluie de récompenses, "Green Book : Sur les routes du Sud" s’est affirmé ces dernières semaines comme l’un des favoris de la prochaine cérémonie des Oscars. Ce qui excite et amuse particulièrement son réalisateur, Peter Farrelly, connu principalement pour des comédies mises en boîte avec son frère Bobby ("Mary à tout prix", "Fous d'Irène" ou encore "Dumb and Dumber") et ravi de voir sa première tentative en solo prendre des chemins inespérés. La caméra s’intéresse d’abord à Tony Lip, un italo-américain qui doit son nom à sa verve, à cette capacité presque agaçante de ne jamais s’arrêter de parler, pouvant ainsi embobiner n’importe qui avec une aisance déconcertante. Et en plus d’une bouche toujours ouverte, l’homme adore user de ses poings dans le club dont il a la charge de la sécurité. Mais alors que celui-ci doit fermer ses portes pour plusieurs mois, il se voit proposer un job généreusement rémunéré : accompagner un pianiste dans une tournée jusqu’au Sud profond des États-Unis. Si au premier abord, les apparences pourraient laisser croire à une sympathique balade champêtre, la réalité sera tout autre. Car nous sommes en 1962, en des temps où la ségrégation règne, et que l’artiste en question n’est autre que Dr Don Shirley.

Si le film possède tous les ingrédients chers à l’Académie des Oscars (une histoire vraie, un sujet fort faisant écho à l’actualité, en l’occurrence la lutte pour les droits civiques, des acteurs de renom et même une transformation physique pour Viggo Mortensen), ce road-movie musical est bien plus qu’une simple machine programmée pour triompher en février. Sans jamais grossir le trait ou sombrer dans le sensationnalisme souvent regrettable de ce genre de productions, Peter Farrelly développe son récit avec une tonalité particulière, saupoudrant son intrigue de nombreuses résurgences comiques. En s’appuyant sur son expérience acquise sur ses précédentes réalisations humoristiques, le cinéaste réussit à proposer ses respirations décalées au bon moment, avec le bon dosage et la bonne cadence, renforçant in fine la puissance de son propos. Par le prisme de cette fantaisie, le drame n’en devient que plus saisissant, et les situations, plus bouleversantes ; justement parce que l’abjection de cette époque nous avait échappés le temps de quelques rires.

Au-delà de la subtilité et de l’intelligence du scénario, le métrage peut également s’appuyer sur la performance exceptionnelle de ses deux comédiens principaux. Mahershala Ali éblouit la pellicule de son talent en virtuose sensible, tandis que Viggo Mortensen brille sans cabotiner dans le rôle du protecteur aux gros bras. Plus que cette tournée éminemment périlleuse, "Green Book : Sur les routes du Sud" raconte surtout l’amitié entre ces deux êtres, une relation pure et authentique, tumultueuse et poignante, une de celles qui permet à chacun des protagonistes d’apprendre de l’autre et de faire exploser les préjugés. Dressant le portrait délicat d’un musicien dont la couleur de peau le prive d’exercer son art comme il le désire et où il le souhaite, le film méritait bien les louanges reçues, notamment pour sa manière si gracieuse de capturer la solitude d’un homme incapable de trouver sa place dans un monde qu’il ne peut comprendre. Simplement : déchirant !

Christophe BrangeEnvoyer un message au rédacteur

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