LE GRAND VOYAGE

Des personnages touchants dans un road-movie sobre mais efficace. Un appel au respect.

Reda, jeune Franco-Marocain en classe de Terminale dans le Sud de la France, se voit obligé d'accompagner son père (qui n'a pas le permis) pour son pèlerinage en voiture à La Mecque. C'est parti pour un grand voyage à travers l'Europe et le Moyen-Orient, pendant lequel le fils et le père vont apprendre à se connaître…

Coïncidence du calendrier des sorties, ce n'est que quelques mois après « Exils » que sort le long métrage de Ismaël Ferroukhi, les deux films partageant quelques aspects clés. En effet, le réalisateur franco-marocain choisit aussi la forme du road-movie initiatique pour conter l'apprentissage culturel d'un jeune semi-déraciné confronté à ses origines. Grosse différence par contre : contrairement au Zano interprété par Duris dans le film de Gatlif, le jeune Reda (ici joué par le très prometteur Nicolas Cazalé) ne prend pas l'initiative de ce voyage. Au contraire il y est contraint et le choc entre les générations et les conceptions de la vie (son père et lui) prend au départ une proportion énorme.

Mais à l'image de la sobriété dont fait preuve la mise en scène efficace de Ferroukhi, l'évolution de leurs rapports se fera progressivement et logiquement. Les mots sont simples et bien choisis, on ne tombe jamais dans l'excès : l'image et les regards parlent d'eux-mêmes pour le reste. Plus grandiose encore est l'utilisation régulière du hors champ et de l'ellipse, afin là encore d'éviter des actions ou dialogues pompeux et donc inutiles que le spectateur n'a pas besoin d'entendre ou voir pour imaginer et comprendre. Ferroukhi appelle donc le spectateur à participer pleinement au grand voyage et s'applique alors à ne pas donner de réponses précises, histoire de nourrir à sa façon la réflexion personnelle que chacun fera de lui-même après le générique de fin. Il paraît pourtant clair que le réalisateur lance un appel à plus de compréhension et d'écoute entre les générations et les cultures, alternant entre une pseudo-apologie d'un Islam modéré et une critique discrète d'un Islam réducteur.

Notons également que Ferroukhi ne tombe pas nécessairement ni dans le sentimentalisme ni dans la dramatisation, en tout cas pas à outrance. Il s'attache à une vision assez réaliste (qui ne l'empêche pas de verser légèrement vers l'onirisme de temps en temps) de l'histoire qu'il nous montre, dans un souci d'authenticité qui "sent le vécu". L'imbrication des tons est si bien maîtrisée qu'on a d'ailleurs bien du mal à utiliser le mot "drame" pour désigner son film, empreint également de beaux passages à l'humour sobre.

Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

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