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GRAND FRÈRE

Un film de Liang Ming

Une douloureuse émancipation

Seuls et sans famille, Gu Xi et son frère Gu Liang vivent dans une petite maison sans confort au nord est de la Chine. Un jour de 1999, une marée noire oblige le frère à abandonner la pêche pour travailler comme homme de main d’un des parrains de la mafia locale. Il tombe très vite amoureux de la fille de celui-ci. Gu Xi, de plus en plus délaissée par son frère, a du mal à accepter la situation…

Grand Frère film

Admirateur du cinéma de Lou Ye ("Nuit d'ivresse printanière", "Mystery"), Liang Ming s'inspire de celui-ci en réalisant un premier film sensible et brut, dans le décor gris et glacial de la province du Heilongjiang, située tout en haut de la Chine à la frontière avec la Corée du Nord. "Grand frère" s'inscrit ainsi parfaitement dans la mouvance d'un certain réalisme chinois (qui n'est d'ailleurs pas sans rappeler le réalisme italien post seconde guerre mondiale, tant l'humain est au cœur du récit).

Ici, le côté « dénonciateur » d'une société corrompue, qui provoque des marées noires et se joue des lois, passe quasiment au second plan derrière le portrait de cette jeune femme, dont le seul pilier est son frère qui a pris soin d'elle depuis qu'elle est née. Second enfant, elle est en effet plus vulnérable que lui vis à vis de la législation. À cause de la politique de l'enfant unique, la jeune femme n'a pas été déclarée et une fois adulte, elle ne peut être considérée comme résidente qu'une fois avoir été recensée.

Le frère est conscient de la précarité de sa sœur qui peut perdre son emploi de femme de chambre à tout moment faute de papiers et il met un point d'honneur à s'occuper d'elle jusqu'à ce qu'elle se marie. Or, leur petite routine va petit à petit s'effriter face à la peur de manquer. L'homme va être grisé par l'argent facile et surtout être séduit par l'adorable fille de son patron Qingchang. Son nouveau couple va alors prendre le pas sur celui qu'il formait jusqu'à présent avec sa sœur, abandonnant celle-ci à sa solitude.

Un des grands atouts du film est qu'il n'est en rien manichéen. Le drame que vivent Gu Xi et son frère, n'est pas propre à leur condition, il est certes amplifié par l'insécurité sociale dont ils sont victimes, mais leur histoire pourrait se reproduire n'importe où et surtout dans n'importe quelle classe sociale. Dans ce ménage à trois bancal, personne n'a le mauvais rôle. Qinchang, malgré son argent et la liberté de faire ce qu'elle veut s'attache sincèrement à cette fratrie démunie. Les sentiments prennent le dessus et le frère décide à présent de penser à lui, quitte à passer outre la jalousie, somme toute bien naturelle, de sa sœur.

C'est dans ce terreau fertile aux rancœurs que Liang Ming développe le portrait de son héroïne.  Une analyse feutré qui capte les moindres signaux que la jeune fille envoie pour exprimer sa détresse grandissante, jusqu'à la scène de fin qui, elle, est lourde de symbole. Ainsi malgré quelques petites lenteurs, le film s'inscrit parfaitement dans la lignée d'un cinéma chinois qui s'intéresse de plus en plus la singularité de chaque individu.

Gaëlle BouchéEnvoyer un message au rédacteur

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