GOUROU
Pierre Niney en manipulateur sans scrupules dans une savante intrigue à tiroirs
Synopsis du film
Matt Vasseur est un coach de vie, donnant des séminaires où il rassemble 300 personnes et assurant des rendez-vous personnalisés. Entouré d’une équipe de communication, dont fait partie sa compagne Adèle, il sait tout sur ses « clients » et les contraint à s’impliquer dans ses Expand Sessions, offrant à certains des moments cathartiques susceptibles de changer leur vie. Mais lorsqu’une commission sénatoriale se penche sur sa profession, voulant instaurer un diplôme d’État, celui-ci, qui n’a même pas le Bac, commence à s’inquiéter pour l’avenir de son entreprise florissante…
Critique du film GOUROU
Yann Gozlan s’avère désormais très prolifique dans le domaine des thrillers de bonne tenue. Voici qu’à peine quelques mois après son passage en séance de minuit à Cannes avec "Dalloway" (thriller de science fiction impliquant l’IA, avec Cécile De France et Mylène Farmer), et après le troublant "Visions" avec Diane Kruger, il retrouve son acteur de "Boîte Noire" et "Un homme idéal", Pierre Niney, pour un nouveau film angoissant, où la paranoïa prend une place de choix. Car quoi de mieux qu’un homme qui a réussi, dont le job sans formation nécessaire est menacé par un projet de loi voulant réguler sa profession, pour mettre au pied du mur celui-ci, l’obligeant à dévoiler qui il est vraiment, consciemment ou non.
Scénarisé Jean-Baptiste Delafon ("Les Braises", "Visions", "Les Promesses"), créateur de la série "Baron Noir", "Gourou" exploite avec acuité l’ambiance complotiste du moment, mais aussi la tendance de ceux qui ont un peu de pouvoir ou d’ascendant sur les autres à en abuser, au sein d’une histoire qui mêle secrets de famille, ambition démesurée, emprise, et défiance vis-à-vis de l’État. Ponctué par quelques scènes de séminaires, qui ne sont pas les moments les plus réussis, où s’exerce ce mélange de fascination et d’abandon par les participants, le film tourne à la descente aux enfers pour le personnage principal, laissant au spectateur le choix d’interpréter lui aussi les coïncidences ou détails troublants. Doté bien entendu d’un twist final, "Gourou" cloue par moment au siège lorsque le personnage, incarné avec fougue par un Pierre Niney rarement aussi convaincant, plonge dans le doute concernant les agissements des autres, projetant ses propres capacités à manipuler.
Usant de flashs soudains, égrenant les indices, jouant avec les sons venant d’une bouche d’aération ou d’oreillettes abîmées par une chute, le long métrage nous fait osciller en permanence dans un jeu du « qui manipule qui ». En coulisse, la copine Adèle dirige les gestes du coach Matt, sur scène le coach influence ses suiveurs pour supposément améliorer leur vie, à la télévision l’animateur creuse là où ça fait mal pour tirer un moment à sensation, ailleurs les journalistes tentent de faire la part du coaching et de la psychologie manipulatrice, lors de la commission la sénatrice a déjà ses conclusions… En bref, le cirque médiatico-économico-politique vient heurter de plein fouet la sphère privée incarnée par un frère plein d’animosité (Christophe Montenez), un chauffeur complice et dévoué (Jonathan Turnbull), une petite amie bousculée qui tâche de rester neutre (Marion Barbeau), comme par l’envahissant adepte Julien (fabuleux Anthony Bajon, effrayant dans sa bascule…). Et "Gourou" d’être sans doute le premier thriller marquant de début 2026.
Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur



