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THE GIVER

Un film de Phillip Noyce

Une bonne surprise

Dans un monde futuriste où toute émotion a été supprimée, où l'égalité absolue est la règle et où chaque minute de vie est réglée par les "sages", Jonas est choisi pour devenir le dépositaire de la mémoire. Il sera la seule personne gardant une trace de ce que fut autrefois le monde. Grâce au "passeur", qui lui enseigne ce qu'il sait, le jeune homme va découvrir que le monde dans lequel il vit n'est qu'une illusion…

« The Giver » est une adaptation d'un roman édité en 1993 en France sous le titre Le Passeur. Ce livre destiné aux adolescents, fut un énorme succès, bien avant la sortie de sagas telles que « Twilight » ou « Hunger Games ». Nouveau venu dans la grande famille des adaptations de best-seller pour ado, « The Giver » aurait pu n'être qu'un énième blockbuster tiré d'un livre à succès. Mais ce film se révèle être finalement une très bonne surprise. Il nous dépeint une vraie dystopie qui est le centre du film. L'histoire et son message ne sont que peu déportés sur une quelconque histoire d'amour comme dans « Hunger Games » ou sur des effets visuels comme dans « Le Labyrinthe ». Non, ici l'histoire se suffit à elle-même.

Comme dans toute dystopie qui se respecte, la société que nous présente Phillip Noyce est basée sur le contrôle. Un contrôle absolu qu'exercent les "sages" sur les membres de la "communauté". Ces "sages" ne sont d'ailleurs qu'évoqués pendant le film. En effet, la société dans laquelle évolue Jonas semble être dirigée uniquement par le personnage de Meryl Streep, une facilité que s'est permis le scénario, car il certainement plus facile de décrédibiliser cette société si une seule personne semble la diriger en despote.

Le film pose de vraies questions, ce qui est souvent trop rare dans les productions destinées à un public adolescent. En effet, dans une société où toute altérité et toute identité est au plus vite gommée, qu'est-on vraiment ? Qui suis-je si je suis identique à tous les autres ? La liberté et l'altérité sont des thèmes très souvent abordés dans les films dystopiques, mais c'est le questionnement sur la mémoire collective qui rend « The Giver » vraiment intéressant. En effet, le "passeur," dont le film tire son nom, est la seule personne à posséder toute la mémoire du monde. Le reste de la population vie dans une totale ignorance quant au passé de l'humanité et à ce que fut autrefois le monde. N'ayant aucun objet de comparaison, chaque individu se complaît dans cette société sans liberté aucune.

La dernière chose, sans doute la pire, dont sont privés les habitant de la communauté est l'émotion. Rendus incapables d'éprouver quoi que ce soit, ils en ont même oublié le sens du mot aimer. Les mécanismes utilisés par les sages pour en arriver à ce résultats sont, pour certains, mis en avant de manière très intéressante. Outre les injections anti-émotion que reçoivent les citoyens chaque matin, ils baignent depuis l'enfance dans une rhétorique construite de manière à leur inculquer la valeur positive de l'égalité absolue et de l'absence de vraies émotions. La peur devient l'anxiété, l'amour devient la jovialité, la rage devient le mécontentement, etc.

Sur le plan cinématographique, l'imagerie futuriste nuit presque à la force évocatrice de l'histoire mais cela reste acceptable. Les images du passé (notre présent) ont vraiment une teinte, une énergie différente du reste du film. Il n'y a pas grand chose à dire de plus, si ce n'est que le passage du noir et blanc (le monde sans émotion) à la couleur est très bien rendu, tout en finesse. Cependant il faut savoir que ce sont les fans du livre qui ont obtenu de la production que l'absence de couleur soit réintégrée à l'histoire. On se dit alors que la vraie œuvre est sans aucun doute le livre de Lois Lowry car au départ, le film devait être intégralement tourné en couleur, perdant par là-même un grand intérêt et une partie fondamentale de l'œuvre d'origine.

Mais grâce à cette fanbase de lecteurs, le rendu final est tout à fait convaincant. « The Giver » est somme toute une bonne adaptation pour quelqu'un n'ayant pas lu les livres. En effet, le film fait bien ressortir les enjeux et les questions que soulève la dystopie imaginée par Lowry. Une bonne surprise…

Adrien VerotEnvoyer un message au rédacteur

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