GÉRALD LE CONQUÉRANT
L’autre bataille de Normandie
Synopsis du film
Gérald est fier de sa région, la Normandie de Guillaume le conquérant, qui peut se vanter d’avoir, les plus belles pommes, le livarot, les falaises d’Étretat et les vaches. Normande bien sûr, sans comparaison avec la limousine ou la Holstein. Pour rendre à sa Normandie les honneurs qui lui sont dus, Gérald rêve de bâtir un immense parc d’attraction identitaire. Pour ce faire, il cherche désespérément du soutien auprès de qui veut bien l’entendre…
Critique du film GÉRALD LE CONQUÉRANT
Après deux films réalisés en solo ("Coexister" et "Barbaque"), qui ont suivi les deux excellentes collaborations avec son comparse Thomas Ngijol ("Case départ" et "Le crocodile du Botswanga") Fabrice Éboué revient assez discrètement avec un film hommage à sa terre d’origine par sa maman, la Normandie. Filmé comme un mockumentaire, qui évoquera à beaucoup "C’est arrivé près de chez vous", "Gérald le conquérant" entreprend de tourner en ridicule l’idéologie régionaliste, bien souvent repère d’éléments d’extrême droite, repliés sur eux-mêmes et leur petit clocher.
Pendant un temps il semble que le personnage éponyme, incarné par Fabrice Éboué lui-même, soit un miroir du paysan arriéré. La séquence d’ouverture où lui et son beau-fils dégomment les taupes de leur jardin nous prépare à ce portrait quelque peu malveillant. À la longue, il apparaît que Gérald est avant tout la caricature d’une droite identitaire obtuse et irrationnelle. La scène au milieu du film, où le protagoniste se rend devant la statue de Guillaume le conquérant pour beugler « Guillaume ! Au secours ! » ne laisse aucune place au doute. Mais cet aspect aurait mérité plus de clarté dans les premières minutes.
Après "Coexister", qui traitait déjà du même thème, le réalisateur met en lumière la difficulté à mettre en œuvre le vivre ensemble républicain, dans un contexte où beaucoup considèrent que le seul mode de vie valable c’est le leur, et où tout étranger est vu comme un intrus. Sachant que pour le héros du film, l’intrus le plus menaçant est le bobo parisien qui « confisque » les plus belles habitations des « vrais normands » pour s’en faire une résidence secondaire. Des résidences que Gérald squatte dès qu’il peut, en guise de représailles. « C’est nous qu’on est chez nous ici ! ». La crainte du grand remplacement émaille ainsi tout le récit. Un thème traité avec sarcasme mais peut-être pas suffisamment désamorcés, comme d’autres sujets ou gags qui peuvent prêter à confusion. Le caractère excessif et acariâtre du héros pourra autant choquer la sensibilité de certains que ravir les autres. Quoiqu’il en soit, il faut aller voir ce film en ayant bien conscience qu’il s’agit là d’un humour au troisième degré.
Benjamin BidoletEnvoyer un message au rédacteur


