GABBY ET LA MAISON MAGIQUE, LE FILM
Il va falloir chadapter pour chavourer ce monde chatoyant !
Synopsis du film
Gabby va passer du temps à « Chat Francisco » avec sa grand-mère Gigi, celle qui lui avait offert la Maison magique et les « Gabbychats » quand elle était petite. À la suite d’un malencontreux concours de circonstances, la Maison magique et tous ses occupants se retrouvent dans les mains de Vera, une femme d’affaires obsédée par les chats…
Critique du film GABBY ET LA MAISON MAGIQUE, LE FILM
Véritable triomphe de Netflix auprès des 3-6 ans depuis la première saison en 2021 (avec deux ou trois saisons diffusées par an pour un total de 76 épisodes à ce jour !), la série "Gabby et la Maison magique" a droit à une transposition en long métrage sorti en salles. Soyons francs : les parents qui accompagneront leurs enfants pour voir ce film en salles n’ont sans doute jamais fait l’effort de regarder un épisode entier avec eux et auront probablement un certain mélange de dédain et de dégoût pour ce produit qui sent l’acidulé cucul et girly potentiellement indigeste !
Il faut admettre que ce n’est pas gagné d’avance pour prendre du plaisir, tant le film va reprendre certains ingrédients qui auront le don d’en exaspérer plus d’un : l’overdose de rose, de paillettes, d’arc-en-ciel et de chats tout mimis ; l’héroïne qui s’adresse au public façon Dora l’exploratrice ; les chansons pop pompeuses ; le doublage plutôt affreux de la VF… Ajoutons que le scénario n’est pas le meilleur atout de ce long métrage, tant il repose sur deux principes : d’une part mettre les incohérences et aberrations sur le dos de la magie et de l’imaginaire (c’est un peu facile comme ficelle, même si cela s’avère souvent pertinent), d’autre part servir un discours sur le risque de perdre son âme d’enfant en grandissant qui sonne comme un « déjà vu en mieux chez Pixar » (voir notamment du côté de "Toy Story 3" et "Vice-versa 2").
Et pourtant, il faut bien admettre que c’est étonnamment enthousiasmant malgré tous ces bémols ! L’histoire reste un petit bonbon plein d’humour et de beaux sentiments (belle ode à l'imagination et à la créativité), avec quelques jolies idées (comme l’introduction en flashback qui donne une explication de la genèse de la Maison magique) et aussi un personnage de pseudo-méchante mi-Cruella mi-Catwoman incarnée par une Kristen Wiig qui apporte toute sa folie pour donner corps à cette entrepreneuse déjantée qui développe un concept de litière à paillettes, collectionne les objets en forme de chats et pratique le yoga avec son animal de compagnie préféré (avec des champs-contrechamps parfois très drôles entre la bête et sa maîtresse). Il faut aussi faire remarquer la réussite visuelle en rappelant que cette franchise n’est tout de même pas produite par n’importe quel studio : DreamWorks. Tant pour le récit que pour le mélange de prises de vues réelles et d’animation 3D, on est déjà bien au-dessus du navrant "Les Schtroumpfs, le film" !
Mais le plus étonnant, c’est qu’il y a finalement de quoi se mettre sous la dent si on a plus de 6 ans ! Pour les plus à même de redevenir enfant, cela peut s’avérer agréable de se souvenir à quel point un esprit enfantin peut s’émerveiller d’un rien. Si cet aspect régressif ne vous convient pas, peut-être y a-t-il encore en vous un esprit suffisamment joueur, qui peut donc s’amuser à traquer les détails sur la thématique du chat, qu’ils soient dans les décors et objets (cartes géographiques, feux piétons, œuvres d’art chez Vera…) ou dans le détournement du langage à base de calembours et mots-valises (« fanchastique », « formiaoudable »…). On peut aussi guetter les divers clins d’œil comme les rapides caméos d’autres personnages dont DreamWorks possède les droits (Shrek sur une photo, Félix le chat en peluche sous un canapé) ou identifier les différents gâteaux et bonbons dans un des décors.
Si tout cela ne suffit toujours pas, le réalisateur Ryan Crego (déjà responsable de l’étonnant "Arlo, le garçon alligator" sur Netflix) a saupoudré son film d’ingrédients qui sont plutôt à destination des adultes, avec quelques gags et répliques qui leur sont plus directement destinés. Peut-être aussi peut-on voir une volonté de faire passer la pilule des chansons originales avec une BO plus variée ("Apt" de Rosé, "Makeba" de Jain ou encore "I Swear" du groupe All-4-One) et une réplique de Vera qui semble se moquer gentiment de l’inaptitude des adultes à accepter les goûts musicaux des jeunes générations (« je préfère épargner mes oreilles »). Ce même personnage tourne également en dérision les regards caméra de Gabby, qu’elle a autant de mal à comprendre que le public adulte, alors que le public jeune ira jusqu’à répondre à l’écran ! Bref, "Gabby et la Maison magique, le film" plaira à coup sûr aux enfants fans de la série et son appréciation par les adultes dépendra, entre autres, de leur capacité à lâcher prise et à chercher les petites subtilités. Reste une question qui fleure bon l’opportunité marketing : et si la fin annonçait une déclinaison canine de la série ?
Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

