FURCY, NÉ LIBRE

Un film de Abd Al Malik

Donner à voir et entendre l’ignominie

Synopsis du film

Année 1817. À la mort de sa mère, Furcy, esclave sur l’île de la Réunion, découvre dans un petit coffre une lettre d’affranchissement concernant celle-ci, faisant d’elle une femme libre et datant de près de 30 ans. Décidé à réclamer son statut d’homme libre, il entame une procédure judiciaire contre son maître, Monsieur Lory, mais se retrouve en prison pour avoir fui le domaine…

Critique du film FURCY, NÉ LIBRE

Adapté du roman L’Affaire de l’esclave Furcy, signé Mohammed Aïssaoui (2010, chez Gallimard), "Furcy, né libre" expose la lutte sur plus de 25 ans, d’un homme noir, au début du XIXe siècle, alors que l’esclavage, pourtant aboli par Napoléon, se poursuit comme exception, en toute légalité, dans les colonies. Située sur l’île de la Réunion, l’action va revenir à plusieurs reprise sur le cas légal de cet homme, dont la mère a été affranchie 30 ans auparavant par sa propriétaire, mais dont les nouveaux « propriétaires » se refusent à le considérer comme indépendant. D’hommes qualifiés de « marchandises » il sera donc question ici, au travers d’un scénario qui paraîtra peut-être caricatural à certains, vu depuis notre époque, mais qui a pourtant le mérite de placer dans les bouches de certains de ces personnages de réelles phrases de l’époque, comme des mots aujourd’hui si choquants qu’ils en paraissent irréels. Et pourtant il est indispensable d'entendre ceux-là, porteurs de toute leur ignominie.

C’est ainsi que le personnage interprété par Vincent Macaigne (Lory), propriété mesquin et veule, est ici remarquablement interprété, dans toute l’aspect odieux et excessif qu’il représente. Il en va de même, lors du dernier procès, de certains avocats, reprenant les mot du « Code Noir » (terme qui en soit fait froid dans le dos) : « un esclave n’est pas une personne, c’est un meuble »… Mais le métrage doit énormément à l’interprète de Furcy, lui-même, incarné avec un mélange de retenue et de révolte par le formidable Makita Samba ("Les Olympiades", récemment dans "Kika"), dans un rôle finalement très physique. Romain Duris, lui-même, en procureur progressiste, ne surprend pas vraiment, restant dans un registre distancié par rapport à celui pour qui il a pris fait et cause.

Si la mise en scène est ponctuellement plus discutable, comme avec des passages incongrus avec un rappeur contemporain, ou les élans romantiques très clichés où le couple mixte séparé s’imagine les tracés d’une maison en bord de mer, Abd Al Malik fait cependant preuve d’une certaine virtuosité dans la représentation de l’esclavage, passé de la mère comme présent de Furcy lui-même. Ainsi, toute la partie concernant le bagne, exil sur l’Île Maurice du personnage principal, est ainsi à la fois la plus réussie et la plus marquante, faisant froid dans le dos par la mise en images de nombreuses violences : tortures, fouet, impossibles conditions de sommeil… La mise en image d’une mer rouge sang ou le représentation du passage d’un ouragan par une simple ellipse silencieuse viennent s’ajouter à une mise en scène qui est ponctuée de moments saisissants. Contrairement au récent "Muganga", "Furcy né libre", en s’attardant sur les mauvaises intentions comme sur les héritages odieux et la nécessité du changement du droit, réussit à la fois une mission pédagogique et un devoir de mémoire.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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