Parce qu'on en a jamais assez !

FROZEN RIVER

Un film de Courtney Hunt

Un drame profondément humain

Ray est une mère de deux garçons qui vit dans un mobil home vétuste. Abandonnée par un mari accro aux casinos qui est parti avec toutes les économies destinées à l'achat d'un nouveau toit, elle décide de se lancer à sa recherche. Elle finit par retrouver sa voiture dans une réserve Mohawk, devant la roulotte d'une jeune indienne. Après de multiples querelles, celles-ci vont finalement s'associer pour faire passer des travailleurs clandestins, depuis la réserve vers les Etats-Unis...

Décidément, l'immigration clandestine est vraiment le thème de l'année 2009. Avec « Frozen River », a contrario des autres productions sorties sur la même thématique, la réalisatrice choisit de suivre les motivations des passeurs plutôt que celles des immigrants. De par ce point de vue, Courtney Hunt tente de montrer que les passeurs sont eux aussi en proie à la misère.

L'une est une mère de famille criblée de dettes et délaissée par un mari accro au jeu, l'autre est une indienne bourrue vivant seule dans sa roulotte délabrée au milieu de la forêt. Les deux femmes se rencontrent, se confrontent, se détestent puis s'associent pour une liasse de billets verts. Deux, trois chinois à faire passer du Canada aux Etats-Unis en traversant un fleuve gelé, c'est facile et ça pourra faire vivre leurs familles dans un mobil home décent.

Derrière ce drame profondément humain, se découvre une Amérique oubliée, à la frontière du Canada, peuplée de prolétaires vivants dans des roulottes, faute de mieux, et, voisins d'une tribu indienne avec ses codes et ses propres lois. On suit plus particulièrement l'américaine dans ses difficultés à assurer l'éducation de ses enfants et à faire face au manque d'argent. Melissa Leo revêt à la perfection les traits d'une mère usée par la vie, qui se fait entraînée dans l'illégalité puis, qui finit perturbée par l'appât du gain.

La mise en scène est sans prétention, minimaliste mais incroyablement charnelle. On ressent la détresse des personnages. Les regards sont lourds sens, notamment lors des confrontations. On finit même par sentir l'inévitable arriver grâce à une photographie qui assombrit habilement l'hiver au fur et à mesure que les deux femmes prennent de plus en plus de risques. Une œuvre, qui nous empoigne et nous interpelle, très justement récompensée du grand prix du festival de Sundance 2008.

Alexandre RomanazziEnvoyer un message au rédacteur

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