Festival de Venise 2019 banniere

FOLLE EMBELLIE

Du sens dans le non-sens et vice-versa

1942. Dans la panique de l'exode, plusieurs patients d'un hôpital psychiatrique s'échappent. Menés par Fernand, à l'autorité tyrannique, ils découvriront alors la liberté et tout ce qu'elle implique pour eux. Chacun aura son parcours et son évolution, à travers le voyage de ce groupe singulier dans la campagne française…

Vu son jeu ultra théâtral et extravagant, Jean-Pierre Léaud a sans doute trouvé un rôle à sa mesure en la personne de Fernand, homme détruit par la folie, et qui a paradoxalement besoin de cette folie pour continuer à vivre ! Dans le rôle de sa femme Alida, Miou-Miou, avec ses airs d'illuminée, semble elle aussi s'évader vers un personnage fait pour elle. Néanmoins les deux stars du film ne sont pas les plus convaincants ni les plus touchants. Mais la palme de la meilleure folle embellie est difficile à décerner !

Maryline Canto, actrice fétiche de Dominique Cabrera, donne toute son âme à Colette, fille perdue en quête d'amour, restée en partie dans l'enfance. Yolande Moreau prouve ses capacités de comédienne (s'il en est besoin) dans son rôle d'Hélène, que la folie rend à la fois belle et monstrueuse, en tout cas attachante. Philippe Grand'Henry paraît avoir un bel avenir dans sa carrière naissante, au vu de sa magnifique prestation poétique, d'un simple d'esprit proche de la nature. Et Julie-Marie Parmentier confirme tout le bien que l'on pensait déjà d'elle avec son sourire immense et ses grimaces de souffrance et de tristesse qu'elle insuffle à son captivant personnage de Lucie. Seul Morgan Marine, seul personnage non-fou de la bande (Julien, le fils de Fernand et Alida), ne convainc pas, tant il semble inexistant malgré l'importance relative de son rôle.

Dans ce road-movie campagnard à la française, le non-sens de la folie donne du sens à certaines séquences dont la poésie n'est malheureusement qu'ébauchée. Et paradoxalement, les scènes "normales" perdent de leur sens tant elles semblent bizarrement moins naturelles que la folie des personnages (notamment les discussions sérieuses entre les personnages de Fernand, Alida et Julien). Finalement le film tourne un peu en rond, comme si lui aussi était en quête de liberté, comme si lui aussi ne savait pas à l'avance où il va. En fait la seule grande force du film tient dans le choix du casting et l'humanité de ses personnages. L'histoire et le reste paraissent bien accessoires.

Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

Laisser un commentaire