FLUSH
Quand tirer la chasse devient un acte de survie
Synopsis du film
Déjà que Luc était un raté, mais alors là il a touché le fond. En grand cocaïnomane qu’il est, sa vie privée est un vrai foutoir, avec un divorce et une petite fille qui lui parle à peine, mais pour couronner le tout il va se retrouver dans un malentendu qui lui fera finir la tête coincée dans des toilettes turques. La soirée promet d’être longue pour Luc…
Critique du film FLUSH
On savait que la Soirée Décalée était un incontournable du festival de Gérardmer, pour toutes les pépites qu’on y trouve au milieu des "Moussaka géantes" et autres "Freaks of nature" : on pense évidemment à "Lovemilla", "Eat", "The Lure" ou encore "Deviant" l’année précédente. De véritables OVNIS, souvent introuvables par la suite dans nos belles contrées françaises, qui nous marquent l’esprit et le cœur à tout jamais. Et nous sommes heureux de vous annoncer que "Flush", premier long métrage du français Grégory Morin, vient de se placer parmi ces mets de choix et justifie de se coucher tard. En plus d’une introduction à la soirée dont le festival est passé maître, l’équipe du film était sur place et le commentaire du scénariste David Neiss sur la notion de réel quant à l’idée de mettre en scène un concept aussi loufoque et casse gueule que celui-ci, a parcouru le visionnage du film tout du long, tant effectivement nous tenons là un exemple parfait de ce pourquoi le cinéma existe : nous emmener dans des endroits ou des situations complètements uniques, toujours à la limite entre l’impossible et le fantasque.
"Flush" tire son épingle du jeu grâce à moult qualités, notamment l’interprétation de tous les acteurs présents dans ces 4m carrés de toilette de bar. À commencer par Jonathan Lambert, qui est parfait en paumé addict piégé dans une situation cauchemardesque et burlesque à la fois. Mais Elodie Navarre, en ex compagne un brin tarée, est aussi délicieusement drôle, ainsi que le patron du bar et son bras droit (respectivement Elliot Jenicot et Rémy Adriaens). Grâce à leur jeu outrancier qui tombe juste et nous écorche les zygomatiques jusqu’au moment où on retient notre souffle, le film, malgré son cadre de huis clos, déborde d’énergie et d’idées pour dynamiser son récit, comme quand une chasse d’eau voisine crée un danger mortel ou lorsqu’un combat à mort est engagé contre un rat. Nous ne vous gâcherons pas toutes les surprises que "Flush" vous réserve, toujours à cheval entre l’éclat de rire et le vomito. La mise en scène du cinéaste se fait alors virtuose, que ce soit pour retranscrire les affrontements de son héros figé, digne d’un Buster Keaton, ou pour rendre compte de la détresse ubuesque à laquelle Luc fait face.
La caméra virevolte comme chez Gaspard Noé, au point de nous donner la nausée, mais tout cela c’est pour mieux nous préparer à l'uppercut qui nous attend au détour de chaque scène dans ce grand petit film d’à peine un peu plus d’une heure. Comme quoi, avec beaucoup d’idées et de talent, une équipe créative arrive à accomplir de grandes choses. Il ne manquerait plus que "Flush" ait un cœur qui bat sous ses décombres d'excréments et d'explosions de violence et on aurait là sûrement l’un des meilleurs films de la sélection de cette édition. Mais attendez, on me dit dans le micro qu’en plus d’avoir un cœur gros comme ça, "Flush" se pare d’une réelle vision et intention, portée par une interprétation de grande tenue, soutenue par des effets bluffants, et qu’il risque bien de devenir une référence quand on mentionnera avec nostalgie la soirée décalée de cette année 2026. Oui, rien que ça.
Germain BrévotEnvoyer un message au rédacteur
