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FILIPIÑANA

Un film de Rafael Manuel

Un premier film aussi politique qu’esthétiquement impressionnant

Synopsis du film

Dans un hôtel entouré d’un golf de Manille, Isabel est une des tee grils. Ici chaque employée a un rôle bien précis, des plus jeunes qui s’occupent, comme elle, de positionner les balles de golf pour les tireurs, à celles qui vont les récupérer dans les étangs ou les buissons, en passant par les hotesses. Au milieu des clients étrangers ou hommes d’affaires locaux, Isabel se retrouve à devoir rendre son club au président du Country Club, le Docteur Palanca, alors qu’une autre employée recherche une petite fille en rouge…

Critique du film FILIPIÑANA

Premier long métrage venu des Philippines, "Filipiñana" est une œuvre des plus troublantes, qui prend son temps pour nous immerger dans un lieu où des riches côtoient des servantes, dans un rapport vicié qui se dévoile peu à peu. Critique d’un monde où l’exploitation est reine et où la transgression des règles passe par des vecteurs différents pour les plus riches (une tendance à considérer les femmes comme des objets ou possessions…) et pour les autres (certaines servantes se permettent de manger des mangues sur l’arbre, traduisant notamment leur nécessité…), le film révèle peu à peu ses secrets, plaçant la femme au centre de l’échiquier, dans sa capacité à réagir ou non face à un homme potentiel prédateur.

Si le film est si réussi, c’est grâce notamment à son approche graphique, par l’usage des couleurs, qui doit beaucoup à la peinture et travaille les nuances, et évoque des cinéastes comme Wes Anderson, notamment dans la correspondance des fonctions avec les coloris. Certains plans ressemblent ainsi à des tableaux, jouant par exemple avec les dégradés de verts, entre les tenues des filles et les paysages vallonnés du golf en arrière plan.

La force du métrage provient aussi de l’utilisation de symboles, plus ou moins décelables, d’une petite fille perdue qui disparaît dans un bosquet (vision angoissante d’un petit chaperon rouge en danger), à celles (les Tee-girls) qui sont cadrées entre les jambes des joueurs de golf, comme soumises, en passant par une étrange file d’aveugles qui se retrouve face à une aire de jeux où une installation ressemble à deux yeux géants. Une manière de souligner à quel point les adultes sont volontairement aveugles à ce qui se passe dans ces lieux, seuls les enfants pouvant eux en être conscients, car potentiellement victimes. Récit d’une reprise en main par la femme de son destin, "Filipiñana" fait dors et déjà partie des œuvres à suivre pour le prix de la section Perspectives de ce 76e festival de Berlin.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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