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FANTÔME UTILE

Un film politique des plus surprenants

Synopsis du film

March, l’un des deux fils du propriétaire d’une usine familiale, a perdu sa femme Nat suite à une fausse couche. S’enfonçant dans le deuil, il réalise que celle-ci s’est réincarnée dans un aspirateur. Contre toute attente, leur idylle renaît, et il est le seul à la voir sous sa forme humaine. Désapprouvant cette nouvelle union, la famille de March fait tout pour qu’elle cesse. Mais Nat promet de les débarrasser du fantôme d’un ouvrier accidenté, qui erre dans leur usine. En montrant qu’elle est un fantôme utile, elle espère gagner leur respect et sa place au auprès de March…

Critique du film FANTÔME UTILE

Avec sans doute l’un des concepts les plus intrigants du dernier Festival de Cannes, le film thaïlandais "Fantôme utile" fut l’une des grandes surprises de la Semaine de critique, dont il est reparti avec le Grand Prix. Une récompense fort méritée pour ce film fantastique, qui démarre presque comme une parodie façon série Z, pour aboutir à une parabole politique inattendue sur l’Histoire du pays. La première demi-heure surprend forcément, adoptant la forme d’une romance fantastique, en apparence absurde, entre un aspirateur et un homme endeuillé, le premier étant la réincarnation de sa défunte femme. Entre déboutonnage de chemise et triturage des tétons avec un embout, le réalisateur ose tout, provoquant sourires parfois gênés et éclats de rires de stupéfaction.

Un début de métrage aux aspects artisanaux, faisant appel à des effets bricolés (la vision du fantôme de l’usine, sorte de grande pieuvre grossièrement articulée, les mouvements de l’aspirateur qui s’assoit dans une salle d’attente ou donne la cuillère au mari alité…). Bien sûr l’apposition d’attitudes humaines sur l’aspirateur prête à sourire, et pourtant la parodie fonctionne à merveille, ne s’épuisant nullement, puisque le film prend ensuite un autre tournant, avec une histoire d’élimination de fantômes : celui d’une usine dans un premier temps, avant de concerner tous ceux qui hantent les rêves des Thaïlandais. Se muant ainsi en une puissante parabole politique concernant la mémoire collective, le film utilise ce principe d’éradication d’une certaine forme de rêves et de mémoire, prenant alors tout son sens concernant aussi bien l’usage du pouvoir que la corruption.

Le film est en réalité construit en flash-back autour d’une petite histoire d’apparence initialement anecdotique, où un réparateur d’aspirateurs intervenant auprès d’un lady boy qui entend tousser la nuit dans son appartement, retrouvant au matin toute la poussière en dehors de l’appareil, se mue en narrateur. Avec un humour décalé et quelques scènes où le militantisme devient revendication dans la violence la plus crue, cet OVNI remarquable est une vraie réussite, aussi drôle que perturbante, révélant un regard aiguisé sur le passé du pays. On espère en tous cas que cette véritable curiosité qu’est "Fantôme utile", trouvera en face de lui des spectateurs avides d’une originalité qui est sans doute sa plus grande force.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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