FAMILY THERAPY
Étrange thérapie sans psy et sans dialogue !
Synopsis du film
De nos jours en Slovénie, une voiture s’immobilise sur le bas-côté de la route, et alors que le conducteur s’apprête à ouvrir le capot d’où sort une épaisse fumée blanche, des flammes prennent le dessus et obligent la mère et le fils à sortir du véhicule. Au même moment une famille arrive à l’aéroport pour récupérer Julien qui arrive tout droit de France…
Critique du film FAMILY THERAPY
Ah les films de famille ! Tout un poème et tout un art au cinéma ! Cette fois, c’est la réalisatrice slovène Sonja Prosenc qui s’y colle avec une cellule familiale de son pays qui intègre un élément perturbateur : un jeune homme d’origine française aussi séduisant que différent d’eux. Construit en cinq chapitres, le film "Family Therapy" va classiquement les amener à évoluer à son contact, pour créer une vraie famille, au sens noble du terme. Noble c’est d’ailleurs le statut de cette famille très aisée qui vit dans une magnifique demeure, sorte de tour de verre en lisière de forêt : une forteresse isolée qui en dit long déjà sur leur vision du monde et leur ouverture d’esprit.
Le premier chapitre, intitulé « Bienvenue » pose parfaitement les bases du récit. On ne pouvait pas rêver mieux comme introduction. Tout est vraiment parfait : les situations cocasses s’enchaînent entre l’arrivée à l’aéroport avec le gag des tapis roulants, puis sur le chemin du retour avec cette famille laissée sur le bord de la route qu’on ne va surtout pas aider. Ironie du récit, la bienvenue n’est visiblement pas souhaitée à tous. La réalisatrice prend aussi un malin plaisir à faire de ce nouvel invité l’objet de toutes les spéculations et de toutes les convoitises… on ne sait pas très bien ! Sonja Prosenc entretient habillement l’ambiguïté dans ce premier acte qui renvoie aussi bien au cinéma de Yorgos Lanthimos ("Canine") qu’à celui de François Ozon ("Sitcom") voire de Bong Joon-ho ("Parasite").
Malheureusement, "Family Therapy" n’arrivera jamais à la cheville des œuvres des cinéastes cités précédemment. Cette thérapie familiale n’aura d’ailleurs jamais lieu. Censée prendre la forme d’une thérapie par la parole (c’est le concept), le film sera au contraire tout sauf bavard ! Personne de cette famille ne cherchera réellement à comprendre l’autre ! Chaque membre va évoluer individuellement, au fil du film, par son propre prisme pour se déconstruire et devenir meilleur, jusqu’à sa rédemption finale. Julien, le nouveau venu, sera le principal moteur de tous ces changements étant le seul qui s’attache à nouer des liens : avec Agata la fille pour la soutenir dans sa maladie, avec Aleks le père pour mieux le connaître et avec Olivia l’épouse, qu’il côtoie parfois d’un peu trop près ! Julien fera éclater leur personnalité et apportera à cette famille bon sens, empathie et entraide.
Mais le processus est péniblement long, il faut 1h30 pour que les personnages soient bousculés dans leurs certitudes et encore une demi-heure pour qu’ils se révèlent. Entre temps, le travail hyper stylisé de la mise en scène, l’image super réaliste, les couleurs over-saturées, les symboliques animalières un peu lourdes ou obscures prennent trop le dessus sur l’inventivité du récit qui avait fait la réussite du premier acte. Finis la finesse de l’humour et l’intelligence de l’ambiguïté, place aux gros sabots et aux longueurs successives, où la forme prend trop le dessus sur le fond. Seule la musique suscite vraiment de l’intérêt grâce à une très belle partition de Silence qui retranscrit parfaitement l’absurdité de certaines situations et la folie de certains protagonistes.
On saluera aussi l’interprétation brillante de tout le casting : de Marko Mandic en père matérialiste et écrivain raté, à Katarina Stegnar en mère froide, superficielle et austère, en passant par Mila Bezjak en fille prétentieuse et hautaine. On n’oubliera pas notre franco-canadien Aliocha Schneider qui livre également une belle performance tout en douceur. Mais "Family Therapy", au titre ironique ou mensonger, à vous de voir, ne restera pas dans les hits des films de famille faute d’avoir pu dérouler sur toute la longueur du métrage la recette gagnante de son premier acte. Celle-ci étalée sur 1h30 de plus aurait sans doute donné une autre gueule au film, plus bouleversant, plus caustique, plus rentre-dedans, plus fort. Bref plus réussi.
Mathieu PayanEnvoyer un message au rédacteur
