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LA FAMILIA

Un drame familial attendrissant malgré certaines longueurs

Pedro, un adolescent, blesse grièvement un autre gamin durant une bagarre. Dans ce quartier défavorisé de Caracas, il sait que la bande rivale va nécessairement chercher à se venger. Son père organise alors sa fuite pour essayer d’éviter le règlement de compte…

Pour son premier long métrage, Gustavo Rondón Córdova a choisi de s’intéresser à la situation de son pays natal, le Venezuela. Les images de violence et de pénurie de cet État ruiné depuis l’effondrement du prix du baril de pétrole occupent tristement l’actualité. Néanmoins, le cinéaste a préféré reléguer ce climat politique et social tendu en arrière plan, en se focalisant sur une relation père-fils touchante. Pedro est un adolescent d’un quartier défavorisé de Caracas. Laissé à l’abandon par un père qui multiplie les boulots pour essayer de survivre, le gamin passe la plupart de son temps dans la rue. Jusqu’au jour où il plante avec une bouteille un autre enfant, le laissant gisant sur le sol. Immédiatement, son père comprend la gravité de la situation et la vendetta qui va s’abattre sur sa progéniture. Une seule option s’impose : fuir.

Récit relativement classique dans sa construction, le film intéresse surtout pour la description brutale faite du Venezuela en filigrane. Grâce aux rayons vides des épiceries, aux petites phrases, à ces successions d’arrangements, le cinéaste nous présente un pays où tout se monnaye, où la violence, omniprésente, s’est banalisée au point de la laisser hors-champ, et où les petites gens font ce qu’ils peuvent pour ne pas sombrer. Si le contexte passionne, l’intrigue, elle, souffre de séquences redondantes et d’un manque d’écriture sur la psychologie des protagonistes. À être trop simpliste et limité dans ses enjeux, le métrage ne réussit pas à marier sa chronique familiale intimiste avec son discours politique, annihilant considérablement l’émotion de l’ensemble. Mais pour ce portrait sans concession d’une société en crise, "La Familia" mérite largement le coup d’œil.

Christophe BrangeEnvoyer un message au rédacteur

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