EXIT 8
POUR : Vers l’infini et au-delà !
Synopsis du film
Au Japon, un homme est au téléphone dans le métro tokyoïte avec son ex-copine au bout du fil, qui lui annonce qu’elle est enceinte. Soudain, le réseau diminue avant que l’appel ne coupe net. Le jeune homme se retrouve alors dans un couloir du métro sans jamais pouvoir atteindre la sortie n°8, se rendant compte qu’il tourne en rond et qu’il croise à chaque fois le même homme avec le même attaché-case…
Critique du film EXIT 8
C’est un grand « Oui » à ce grand huit que nous propose le réalisateur japonais Kawamura Genki. "Exit 8" est de ces films concept qui nous donnent un plaisir fou à les voir et à les vivre ! Car le spectateur devient lui-même acteur et s’amuse dans ce labyrinthe cinématographique. Le film se transforme ainsi en une expérience totalement immersive, un vrai jeu dans lequel on évolue avec le protagoniste principal, cherchant les moindres détails qui lui permettront d’avancer dans ce dédale sans fin du métro japonais. Et pour peu que l’on ait déjà visité le Pays du Soleil levant, on sait les kilomètres de couloirs souterrains qui existent et dans lesquels on peut se perdre facilement !
Dans "Exit 8", on est tout du long traversés par différentes émotions. Angoisse de comprendre qu’on est enfermés dans un lieu clos et sans issue ; terreur de croiser certains personnages carrément flippants comme cet homme qui marche, au visage parfois figé dans un sourire qui aurait toute sa place dans la saga "Smile" ; excitation de résoudre les énigmes et de découvrir les nouvelles épreuves à chaque niveau ; et espoir ou désespoir de voir notre héros réussir à avancer ou pas… Mentalement, c’est rare d’assister à un film dans lequel on a autant l’impression d’avoir notre propre rôle à jouer. Normal, me direz-vous, le réalisateur respecte parfaitement le matériau de base. "Exit 8" est, en effet, l’adaptation du jeu vidéo horrifique éponyme.
"Exit 8" est-il pour autant un film d’horreur ? Non. Il n’a d’ailleurs aucune interdiction aux moins de 12 ans, tout juste se prend-il une mention « Tout public avec avertissement ». Les frileux aux films d’horreur gores n’auront donc aucune raison de ne pas y aller. "Exit 8" est presque un film d’aventures, un high-concept de tension, qui sait parfaitement jouer avec nos nerfs et réserve son lot de quelques scènes effrayantes mais plus pour le plaisir, à l’image d’un looping dans un roller-coaster. Est-il donc réservé aux fans de jeux vidéo ? Là encore, on répondra par la négative. "Exit 8" est un film tout public, bien qu’il s’accapare, en effet, les principaux codes de cet univers.
Kawamura Genki (scénariste du merveilleux "L’Innocence") parvient, en effet, à cocher toutes les cases du cahier des charges attendu : un univers singulier, une musique stressante, des règles cheloues à respecter, un personnage joueur téméraire (quoique !), des non-joueurs parfois flippants et un objectif des plus simples. S’engage alors une partie qui va durer un peu plus d’une heure et dans laquelle tous les gamers, ainsi que les cinéphiles, trouveront un plaisir fou. Genki truffe son film de références au meilleur du ciné de genre comme à "Cube" (son lieu clos, ses règles du jeu et son issue à trouver) ou encore à "Shining" (son labyrinthe, sa vague et sa folie).
Et surtout, Genki utilise à fond l’imagerie de l’espace liminaire, c’est-à-dire ce décor si bien connu dans sa fonction première, un métro habituellement grouillant de monde, qui d’un coup se vide et devient étrange et inquiétant. Il s’en sert jusqu’à l’état de transition même du personnage principal, bouleversé par la perspective de la paternité et qui se questionne, durant cette phase transitoire, sur l’acceptation du deuil de sa vie passée pour une nouvelle. Ce couloir n’est littéralement rien d’autre qu’un passage vers l’âge adulte, un combat intérieur face à ses responsabilités et contre ses propres démons. Un raisonnement qui pourra paraître un peu simpliste pour certains, toutefois "Exit 8" n’en demeure pas moins un pur régal, un divertissement réussi, à condition de se prendre au jeu !
Mathieu PayanEnvoyer un message au rédacteurCONTRE : Couloirs existentialistes pour expérience soporifique
Sorti en 2023 sur Steam, puis en 2024 sur consoles, le jeu vidéo "Exit 8" avait connu un véritable buzz, porté par des critiques dithyrambiques et une communauté toujours plus grande à s’aventurer dans le métro japonais. C’est ainsi seulement un an plus tard que débarque déjà l’adaptation cinématographique, reprenant fidèlement le scénario, à savoir, celui d’un individu bloqué dans un dédale de couloirs à la recherche de la sortie numéro 8. Problème : l’environnement n’est pas fixe, des anomalies surgissant de manière arbitraire. Si on en rencontre une, il faut simplement faire demi-tour. Si on n’en identifie aucune, on peut alors avancer. Si on se trompe, retour au point de départ. Dans le film de Genki Kawamura, après une introduction en caméra subjective, c’est un jeune homme qui va devoir redoubler d’efforts pour réussir à se repérer dans ce labyrinthe d’épouvante.
Indéniablement, le jeu bénéficiait de deux qualités : sa subtilité (les anomalies étant rarement évidentes au premier coup d’œil, il était nécessaire de scruter les moindres recoins de l’écran, un simple changement de l’éclairage ou un léger bruit d’arrière-plan pouvaient vous coûter votre partie) et sa rapidité (pour les meilleurs d’entre nous, il était possible de terminer tous les niveaux en 20 minutes, montre en main). Malheureusement, ces deux attributs ne se retrouvent pas du tout dans cette transposition pour le 7ème Art, le métrage ne cessant de s’étirer et de sombrer dans son mécanisme ô combien redondant. En recherchant même artificiellement l’horreur à travers quelques entités volontairement outrancières, ce thriller sinueux n’est pas loin de bafouer l’esprit de son matériau originel.
S’il n’est jamais facile d’adapter un jeu vidéo (on ne compte plus les exemples pour le prouver, y compris récemment avec le nanar "Borderlands" d’Eli Roth), Genki Kawamura était toutefois probablement l’un des plus proches à y parvenir, en assumant pleinement la dimension ludique de l’œuvre première. Le spectateur devient ici un gamer par procuration, recherchant lui aussi les bugs, analysant et scrutant, comme son protagoniste, chaque détail. Mais le film ne donne jamais l’envie de participer, et ceux qui ne s’y hasarderont pas risquent alors de trouver le temps bien long. Car ce ne sont pas les tentatives d’incursion dramaturgique qui viendront dynamiser le récit, le personnage se voyant offrir une sous-intrigue liée à son couple et un accouchement à venir, censée stimuler une tension qui demeurera très faible. Rapidement dépourvu d’enjeux, "Exit 8" devient une métaphore à rallonge sur notre société déshumanisante où les fantômes du quotidien sont ces quidams bloqués dans une existence robotisée. Pas inintéressant, mais bien trop diffus…
Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur


