Bannière Festival d'Annecy 2026 : quotidiennes, sélection, films, critiques

ÉVANOUIS

Un film de Zach Cregger

Venez pour l’effroi, restez pour l’humain

Synopsis du film

Une nuit à 2h37 du matin, dans une bourgade américaine, 17 enfants d’une même classe sortent de chez eux pour ne plus jamais revenir. Quelques mois passent et la tension entre les habitants se fait de plus en plus ressentir, à force que le mystère s’épaissit. Mais où sont passés les enfants ?

Critique du film ÉVANOUIS

Après "Eddington" de Ari Aster, sorti quelques semaines plus tôt, c’est au nouveau film de Zach Cregger ("Barbare", inédit en salle chez nous excepté sur Netflix) de débarquer dans nos cinémas cet été pour nous compter les problèmes sociétaux préoccupants qui se répandent outre-atlantique (et peut-être un peu partout finalement). Déjà avec son film précédent "Barbare" ("Barbarian" en VO), Zach Cregger nous avait confirmé son style, après des années à se chercher du côté de la comédie (qui se souvient de l’épouvantable "Miss Mars" en 2009 ?), justement toujours à cheval entre l’éclat de rire sporadique et l’effroi véritable. Nous troquons alors les banlieues bourgeoises laissées à l’abandon contre une petite ville du fin fond des États-Unis qu’un certain Stephen King n’aurait renié. Les habitants qui perdent peu à peu la boule comme le cadre isolé avec ses montagnes et ses forêts à perte de vue, ontribuent à nous immerger dans ce qui semblerait bien être un bon vieux scénario à tiroirs, avec plusieurs points de vues qui devraient converger dans le dernier acte et nous révéler le pot aux roses.

Le film suit effectivement ce procédé, mais l’investit autant d’un sous texte terrifiant sur nos sociétés occidentales soi-disant bien pensantes (ou qui voudraient tendre vers cela) que d’une imagerie qui vous marquera la rétine plus d’une fois. Avec ce point de départ faisant écho à l’un des phénomènes de sociétés les plus médiatisés aux États-Unis (le kidnapping), le cinéaste s’emploie à être chirurgien de ce petit monde et sous son microscope nous contemplons médusés les conséquences d’un tel traumatisme à hauteur de communauté. Mieux encore, et le cinéaste cite lui-même comme inspiration le fabuleux "Magnolia" de Paul Thomas Anderson (1999), son incursion dans le fantastique au fur et à mesure de son récit permet de mettre en évidence l’ambition du projet : ici pas de spectres ou de wendigo assoiffés de sang, non juste l’étalage de toutes les peurs américaines (et par extension occidentales) pour une conclusion qui en surprendra (et décevra) plus d’un, mais dont l’origine en termes de mythe, au vu de l’histoire du pays, ne fait que clore cette belle idée. Ce pays va s’auto-détruire de l’intérieur en instrumentalisant tout ce qui est possible pour monter les uns contres les autres.

Soutenu par une brochette d’acteurs impeccables (de Julia Garner en passant par Josh Brolin et le petit Cody Christopher), le film empile les perspectives diverses tout en complétant son propos. Chaque personnage se voit affublé d’une peur viscérale (la prof et son complexe de l'imposteur, le père bourrin qui décide d’endosser son rôle trop tard, la populace qui croit à un complot, les flics plus soucieux de cacher leurs méfaits que de résoudre l’affaire…) avant que tout n’éclate dans un final aux allures de cartoon démoniaque où rire et terreur se mélangent. Le procédé fait écho à celui de "Barbare", mais les ruptures de tons fonctionnent mieux ici, plus en adéquation avec ce que le réalisateur tente de dire. Le titre original étant "Weapons", et nous sommes sortis avec beaucoup d’interrogations et de discussions après la séance. Et si le film, en partant de son postulat de disparition d’enfants et des conséquences qui en découlent, posait la question de la « weaponisation » des enfants ? Leur instrumentalisation ? Chaque personnage va vivre cet événement traumatique et va en faire son fer de lance pour sa propre campagne idéologique.

Alors que la vérité est ailleurs et ancrée dans l’Histoire, "Évanouis" (de son terrible titre français) confirme le talent de mise en scène de son cinéaste (tout en pose longue, travelling et dézoom) où l’ombre de John Carpenter n’est jamais très loin. La bande originale souligne cette filiation, comme si Big John lui-même l’avait composée. Peut être pas un grand film d’horreur comme promis par les affiches, l’effroi ici est bien plus concret, ancré dans nos vies et au final bien plus couillon que si c’était un fantôme en quête de vengeance. D’où cette fin quasi abrupte, loufoque et drôle, reflet de notre perception des choses : notre espèce en tant que grande drama-queen ne se rend pas compte d’être ridicule. Mais le ridicule ne tue pas, n’est-ce pas ?

Germain BrévotEnvoyer un message au rédacteur

BANDE ANNONCE

Laisser un commentaire