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LES ETREINTES BRISEES

Un film de Pedro Almodóvar

Nostalgie nébuleuse

Mateo Blanco, est un cinéaste ayant perdu la vue. Harry Caine est son pseudonyme ludique sous lequel il signe ses travaux littéraires, ses récits et scénarios Mais son passé pourraît bien refaire surface lorsqu'un jeune homme lui propose de mettre en scène une histoire bien proche de la sienne...

Dans la lignée des aspirations noires de ses derniers efforts (« La Mauvaise éducation » et « Volver »), le nouvel Almodovar est autant un thriller qu’un mélodrame. Le film confirme l’indicible changement qui affecte le travail du plus célèbre cinéaste espagnol. Là où ses œuvres antérieures exaltaient les passions contrariées des femmes ibériques, ses derniers films montrent qu’Almodovar se fait nostalgique (ici le personnage central est un cinéaste et les références à Hitchcock ou Sirk abondent) et s’interroge sur sa propre existence en tant que cinéaste.

L’idée centrale du film, un homme qui symboliquement n’existe plus après un événement tragique, conduit à un film puzzle, schizophrène, où la réalité et les souvenirs s’entremêlent. Si cet enchevêtrement est efficace d’un point de vue dramatique et émotionnel, avec ce sentiment que les personnages sont dans une fuite perpétuelle, il pêche au niveau de la compréhension même du récit. Sans surprise, Almodovar excelle davantage dans le mélo coloré et passionné que dans le pur thriller.

Il n’oublie cependant pas d’être un remarquable directeur d’acteurs et d’afficher une belle fluidité dans sa narration, quand bien même sa nostalgie affichée est quelque peu redondante. Un peu de « Tout sur ma mère » (la perte de l’être le plus cher), un zeste de « Mauvaise Education » (des secrets inavoués), et un film dans le film qui remake « Femmes au bord de la crise de nerfs ». Almodovar filme autant sa passion pour le cinéma que les passions inassouvies de ses personnages. La duplicité de ces derniers, c’est aussi celle d’un artiste qui s’interroge sur son œuvre, et qui livre un film sans doute plus important pour lui-même que pour son public.

Thomas BourgeoisEnvoyer un message au rédacteur

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