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L’ÉTOILE DU JOUR

Un film de Sophie Blondy

Onirique et ésotérique

Une troupe de cirque, dirigée par le tyrannique Heroy, a planté son chapiteau sur une plage du Nord de la France. Au sein de ce groupe, les tensions et jalousies se multiplient, et certaines blessures sont difficiles à panser…

Après "Chocolat", "Les Ogres" ou encore "Mini et les Voleurs de miel", la thématique du cirque semble à la mode en 2016 ! À ceci près que le troisième long métrage de Sophie Blondy (figure du cinéma underground français, notamment aux côtés de son compère Rémi Lange, co-auteur du making-of sur ce film) sort en salle après avoir écumé les festivals depuis 2012 (Turin, Angers, Rotterdam…). Avec un tel casting (la présence d’Iggy Pop, inédite dans un film français, intrigue forcément) et un tel retard d’exploitation, l’attente peut être forte, et potentiellement trop forte.

Or – cinéma underground oblige ? – il n’est pas aisé de rentrer dans cette œuvre. Les personnages se croisent et ne sont pas toujours faciles à cerner, car les dialogues ne font qu’évoquer brièvement et implicitement leurs relations et leurs passés, qu’on devine complexes. À cela, s’ajoute une réalisation qui propose très rapidement un axe symbolico-expérimental potentiellement déroutant. Ainsi, l’histoire est très régulièrement ponctuée d’interludes oniriques, partiellement en noir et blanc, aux allures parfois très « clip arty », qui plongent le spectateur dans le subconscient d’Elliot, le personnage incarné par Denis Lavant. C’est dans ces courtes séquences qu’intervient Iggy Pop, véritable double de l’acteur français, Sophie Blondy exploitant parfaitement la complémentarité physique de ces deux gueules cassées, en faisant donc de l’« Iguane » du rock une sorte d’ange gardien d’Elliot.

L’incommunicabilité et la névrose des personnages semblent au centre du projet de la réalisatrice, qui s’attache plus à montrer les conflits (y compris internes) qu’à tisser une histoire véritablement intelligible. Du coup, l’ensemble peut s’avérer un peu lourd et même confiner au ridicule, comme dans la scène où Béatrice Dalle (assez insupportable en sorcière gitane) rugit à en faire exploser les verres de lunettes des spectateurs ! D’autre part, si la beauté esthétique est à saluer globalement, le film souffre d’un certain manque d’homogénéité sur ce point, certains aspects paraissant même un peu amateur, comme les premières séquences de prestation en public ou les effets « spéciaux » de surimpression. Artistiquement comme scénaristiquement, le film apparaît donc souvent comme un patchwork où sont assemblés des choses magnifiques et poétiques, et d’autres éléments provoquant une impression combinée de confusion et d’ennui, le tout pouvant donc s’avérer, malheureusement, assez indigeste.

Malgré ses défauts, le film développe une sorte de tourbillon de folie qui mène inexorablement au drame, dans un microcosme étouffant où s’accumulent les jalousies, les convoitises et les secrets pesants. Le décor (le vent, les vagues…) donne d’ailleurs un pendant symbolique aux tourments de ce groupe d’artistes et participe à les maintenir à l’écart de la civilisation et de la vie « normale », tout en permettant paradoxalement un peu d’évasion face à l’inéluctable promiscuité du cirque. Dans la dernière partie, les personnages se retrouvent confrontés à une réalité difficile à assumer, ce qui rend encore plus prégnant le besoin d’Elliot de se réfugier dans l’imaginaire et de s’évader avec son alter ego.

Même si les acteurs semblent occasionnellement hors de leurs personnages (surtout dans les passages qui s’orientent trop vers de l’art performance, de la danse contemporaine voire des exercices d’improvisation théâtrale) et que certains peinent à convaincre (Dalle et Putzulu, décevants), l’interprétation doit beaucoup, outre la paire Denis Lavant-Iggy Pop, aux quelques personnages secondaires qui semblent adresser un subtil clin d’œil au cultissime "Freaks" de Tod Browning (notons donc la discrète participation d’Hervé Chenais, comédien doublement amputé des avant-bras et collaborateur régulier du duo Lange-Blondy) mais aussi à Tchéky Karyo, étonnamment impeccable en patron tyrannique et alcoolique.

Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

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