L'ESCALADE

Un film de Charlotte Silvera

Une escalade sans vertige

Quatre étudiants de terminale, visages d’anges et cadeaux plein les bras, sonnent chez leur proviseure, Alice Nabat, pour lui souhaiter un « bon anniversaire ». Emue par tant de gentillesse, celle-ci leur permet de rentrer pour prendre un verre. Mais la bonté, ce n’est pas trop le genre des quatre jeunes qui, au fil de la soirée, vont dévoiler leur véritable préoccupation : faire plier la femme qui détient les clés du lycée pour lui faire échanger leurs désastreuses copies du Bac. Un duel psychologique et violent s’engage entre les adolescents et leur proviseure dont la nuit, émaillée de manipulations, corruptions, menaces et chantages va s’avérer plus longue que prévue.

Cinéaste attirée par les thèmes de l’enfance et de l’enfermement physique et psychologique, Charlotte Silvera (« Prisonnières », « C’est la tangente que je préfère ») a choisi, pour son cinquième long métrage, d’adapter la pièce russe « Chère Elena Serguievna » traitant de l’échec des valeurs sociétales sur un groupe d’adolescents. Revue et corrigée pour s’interroger sur les problèmes d’autorité et leurs conséquences désastreuses sur les jeunes Français d’aujourd’hui, « Escalade » reste intéressant par les questions qu’il soulève, quoiqu’il le fasse avec une naïveté confondante et de grandes maladresses formelles (huis clos théâtral, interprétation approximative des jeunes comédiens, hystérie continuelle…). Que ces presqu’adultes agissent sans aucune revendication ni idéaux à défendre est effectivement surprenant et force à réfléchir, mais on aurait aimé un peu plus de réalisme dans ce film découpé en scènes qui doivent probablement correspondre à celles de la pièce originale.

Outre ces fondus au noir agaçants, la réalisatrice se noie dans des scènes ridicules qui, loin de rendre le huis-clos oppressant, tendent à tirer le tout vers le risible par leur caractère grotesque. Que des lycéens puissent prendre des photos érotiques et compromettantes avec tant de facilité passe encore, qu’on les monte les uns contre les autres sans qu’ils ne s’aperçoivent de rien, là, on décroche. Devant tant de gaucherie de scénario et de mise en scène, on se raccroche à l’interprétation de Carmen Maura qui, quoiqu’il arrive, reste majestueuse, au courage des jeunes acteurs qui, bien qu’ils soient inégaux dans leur jeu, n’ont pas des rôles évidents (on remarquera notamment l’interprétation de Thomas Sagols, qui doit à la fois mimer la beuverie, exercice casse-gueule par excellence, et la masturbation) et à la justesse du décor, qui reflète la montée de la violence et le mental de plus en plus perturbé des élèves.

François Berléand n’a quant à lui rien à faire, son personnage permettant uniquement de faire monter en sauce un suspense qui est, de toute manière, abandonné avant la fin du métrage. On ne doute pas de la sincérité de Charlotte Silvera quant à son inquiétude sur l’augmentation de la violence chez les adolescents issus de milieux favorisés. Mais sa démonstration aurait gagné à être plus rigoureuse, pour rendre son film véritablement terrifiant. Dommage, le sujet méritait mieux !

Christophe HachezEnvoyer un message au rédacteur

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