ENTRE LES BARREAUX LES MOTS

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Apologie du mot comme liberté absolue

Grâce à l’association « Lire c’est Vivre », des hommes et des femmes détenus à Fleury-Mérogis bénéficient d’un accès à la littérature. Un dispositif pour supporter l’enfermement, donner un sens au quotidien, se reconstruire, et aussi imaginer l’ailleurs et l’après…

On pardonne rapidement le manque d’homogénéité formelle et l’académisme de certaines scènes. D’abord parce que l’on imagine aisément les contraintes de tournage d’un tel documentaire. Ensuite parce qu’il y a aussi une véritable beauté visuelle dans certains passages, comme ces entretiens avec les visages dans l’obscurité, ou ces gros plans de visages et de mains avec de magnifiques rattrapages de point. Enfin parce que l’essentiel est ailleurs que dans la forme.

Avec humanisme et pudeur, Pauline Pelsy-Johann ne dit rien de ce qui a conduit ces hommes et ces femmes en prison, les positionnant implicitement et volontairement comme de simples êtres humains qui peuvent être aussi avides de connaissances ou d’imaginaire. Si les êtres filmés sont émiettés à l’écran, c’est sans doute pour mieux rappeler la complexité de l’âme humaine.

Les œuvres explorées, avec les bénévoles de l’association « Lire c’est Vivre », entrent parfois en écho avec leur propre quotidien ("L’Étranger" d’Albert Camus ou "Article 353 du Code pénal" de Tanguy Viel), quand d'autres textes deviennent une sorte de liberté virtuelle, presque une évasion autorisée.

On se prend à rêver alors, pour ces détenus, de réinsertion et de ré-acceptation. Ce regard différent sur la prison (qui peut aussi rappeler les expériences théâtrales dont les frères Taviani s’étaient emparés dans leur incroyable "César doit mourir", en 2012) participe aux débats éternels sur le sens des peines. Le documentaire de Pauline Pelsy-Johann ajoute ainsi des arguments en faveur d’une prison plus constructive (ou reconstructive). En effet, comment balayer d’un revers de main ce témoignage de ce directeur de prison qui affirme que ce genre d’initiative culturelle « participe à maintenir un climat de sérénité » ou les propos de ce détenu qui explique que « ça calme un homme » ? Si les mots sont la source d’une liberté absolue, seraient-ils aussi la clé des problèmes ?

Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

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