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L'ENLÈVEMENT DE MICHEL HOUELLEBECQ

Une comédie originale et délirante à savourer sans modération

Le célèbre écrivain Michel Houellebecq se fait enlever par une bande de kidnappeurs en herbe. Mais sa détention lui réservera de nombreuses surprises…

Diffusion le 27 août 2014 à 22h20 sur Arté

Rentré littéraire oblige, l’actualité culturelle est accaparée par les écrivains et leurs derniers opus. Pourtant, si Amélie Nothomb et Emmanuel Carrère sont sur le devant de la scène, Michel Houellebecq n’a rien à leur envier. Alors qu’il ne sort pas de nouveau bouquin, le poète et romancier français fait plus que jamais le « buzz ». Avec un essai de Bernard Maris lui étant consacré et deux films dans lequel il occupe le rôle principal, nous n’avons pas fini d’entendre son phrasé si particulier. Avant la sortie de "Near Death Experience" du duo Kervern et Delépine, c’est Guillaume Nicloux qui a dirigé le néo-comédien.

L’ayant déjà fait tourner dans "L’Affaire Gordji", le réalisateur rêvait de créer une œuvre spécialement pour son ami. C’est désormais chose faite avec ce métrage qui revient sur une rumeur qui avait couru sur le kidnapping de l’écrivain. Et cette vraie fausse fiction vaut avant tout pour la performance de Michel Houellebecq. On le découvre exactement comme on pouvait l’imaginer, écrivant des poèmes en écoutant son vieux transistor, la clope au bec et le verre de rouge jamais bien loin.

Mais au lieu de se contenter de la personnalité délurée de l’homme de lettres, Guillaume Nicloux a eu l’excellente idée de particulièrement travailler ses dialogues. Si une partie de ces répliques seraient improvisées, elles sont la véritable force du métrage, aussi surprenantes qu’hilarantes. Houellebecq enchaîne ainsi des punchlines qui feraient passer Booba pour un enfant de cœur, passant son temps à dénigrer les autres et à critiquer tout ce qui lui vient à l’esprit. « La France ? Un pays totalitaire. Les écrivains ? Des pédophiles alcooliques ».

Célébration du verbe, le film va révéler le caractère des personnages au travers de dialogues aiguisés, subtilement absurdes. Car face à cet hurluberlu, le gang des kidnappeurs n’est pas en reste. Imaginez un bodybuilder, un free-fighter, un commerçant et un couple de personnes âgées, et vous aurez un aperçu de l’équipe de bras cassés chargée de surveiller l’écrivain durant sa détention. Ici, il n’est pas important de savoir qui est le commanditaire de cet enlèvement, mais uniquement de savourer les différentes scènes que nous offre cette parenthèse dans la vie de Houellebecq. Et voir l’auteur de la "La Possibilité d’une île" essayer de faire du free-fight vaut véritablement son pesant d’or.

Dans cette comédie loufoque, burlesque et pathétique, les gags et cocasseries sont pléthores, mais en plus d’être un divertissement délirant, des réflexions plus sérieuses se cachent derrière les blagues, notamment lorsqu’il s’agit d’évoquer la politique, la philosophie ou encore la nature humaine autour d’une bonne bouteille. Lorsque l’humour se double d’un fond intelligent, il devient alors impossible de résister à ce vaudeville atypique des plus réjouissants.

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

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