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ENFANCE CLANDESTINE

Un film de Benjamín Avila

Un énième film sur la guérilla, vue cette fois-ci à hauteur d’enfant

Le jeune Juan arrive avec ses parents à Buenos Aires sous une fausse identité. Ils sont en fuite après des années d’exil alors qu’il n’a que 12 ans… Il doit donc bien penser qu’il n’est pas Juan mais Ernesto. Une situation qui deviendra encore plus complexe quand il tombera amoureux de la belle Maria avec qui il ne pourra pas être à 100 % lui-même…

Benjamin Avila livre pour son premier long-métrage de fiction une œuvre qui le touche au plus profond… ayant lui-même vécu une enfance clandestine. Cependant, loin d’en faire un film autobiographique, il en tire une version romancée, un récit à hauteur d’enfant avec la découverte d’un monde qui lui échappe et les premiers émois amoureux qui vont le conduire à faire des choix.

L’histoire se déroule en Argentine en 1979. Juan, 12 ans, et sa famille emménagent à Buenos Aires sous une fausse identité après des années d’exil. La particularité de cette famille méfiante : des parents et un oncle membres de l’organisation Montoneros, en lutte contre la junte militaire au pouvoir qui les traque sans relâche. C’est donc avec les yeux de Juan que nous assistons, comme lui, sans parfois comprendre, aux actes de militantisme d’une famille pleine d’idéaux. Avila raconte la quête d’identité du jeune garçon et son apprentissage de la vie avec la dureté des décisions à prendre à un âge où il passe de l’enfance à l’adolescence.

Teo Gutiérrez Moreno, comme l’ensemble du casting, est formidable dans le rôle du jeune garçon, arrivant à rendre complexe son amour partagé entre une vie réelle et une autre imaginaire. Mais celui qui emporte encore plus notre adhésion, c’est Ernesto Alterio qui joue l’oncle Beto. Avec force humour, humanisme et romantisme, il est ce modèle pour l’enfant mais aussi pour le spectateur, qui sera immortalisé dans une scène tournée en film d’animation, un parti pris intéressant, réussi et finalement logique pour un film dont l’histoire est vue (ou imaginée) au travers des yeux d’un enfant !

Si le sujet sent le déjà vu – et au bout du compte ennuie un peu – force est de constater que Avila a souhaité ajouter de l’audace dans la mise en scène, le rythme et le montage, plutôt bien maîtrisés. « Enfance clandestine » rappelle aussi l’existence du militantisme des années 1970 en Argentine et au-delà, l’importance de se battre pour ses idées. Avec « No » de Pablo Larraín, également présenté à la Quinzaine des réalisateurs de Cannes 2012, le film de Benjamin Avila est le deuxième porte-étendard d'un cinéma latino qui se porte très bien !

Mathieu PayanEnvoyer un message au rédacteur

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