EN GARDE
Qu’y a-t-il derrière le masque ?
Synopsis du film
Zijie pratique l’escrime dans son lycée et a du mal à trouver sa place dans l’équipe, à l’approche des sélections pour les championnats nationaux. C’est à ce moment que sort de prison son frère, un sabreur ayant été condamné pour le meurtre d’un adversaire…
Critique du film EN GARDE
Les combats à l’épée sont courants au cinéma, mais les films sur l’escrime sportive sont plutôt rares. Sur le papier, Nelicia Low était la réalisatrice idéale pour centrer son premier long métrage sur ce milieu puisqu’elle a elle-même pratiqué le sabre à haut niveau en tant que membre de l’équipe nationale de Singapour. Elle aurait ainsi pu opter pour la facilité et livrer un film sur les coulisses de son sport, mais elle prend le sujet à contre-pied, se servant avant tout de l’escrime comme cadre et comme métaphore. Nelicia Low met ainsi l’escrime au service de sa dramaturgie et de la psychologie de ses personnages, notamment avec le motif du masque (les questions de vérité, d’honnêteté et de dissimulation sont fondamentales) ou la situation de duel qui ne se limite pas aux assauts sur la piste.
"En garde" séduit en grande partie pour sa réalisation (primée à Karlovy Vary en 2024), Nelicia Low faisant preuve d’une grande finesse dans le choix de ses plans (avec notamment un usage intelligent du hors-champ), dans la gestion du son (qui devient sourd aux moments opportuns) ou encore dans la manière dont elle intègre les flashbacks à son récit (la séquence des frères sous la pluie est magnifique). La réalisatrice met aussi en valeur tous les éléments de langage non verbal dans le jeu de ses interprètes, en particulier pour Liu Hsiu-fu et Tsao Yu-ning, qui incarnent à merveille ces deux frères que tout semble opposer.
Si on peut, comme les protagonistes, s’interroger sur la culpabilité de l’aîné (accident ou vrai meurtre ?), ce n’est finalement pas l’enjeu principal du film. Aussi surprenant que cela puisse paraître, il est beaucoup question d’amour dans En garde" : entre mère et fils ; entre la mère et son nouvel amant ; entre le fils cadet et son partenaire d’escrime (notons la grande douceur avec laquelle est traitée cette thématique LGBT, secondaire dans le récit mais très bien intégrée) ; et entre les deux frères. C’est évidemment cette dernière relation qui est au centre du récit, posant la question des limites de l’amour fraternel – quelle place pour l’admiration, le déni, le pardon... Nelicia Low fait en sorte que son film puisse basculer à tout moment, jusqu’à une fin qui risque d’en désarçonner plus d’un.
Nota : C’est chose très rare, mais permettons-nous pour une fois de nous étonner du synopsis officiel fourni par le distributeur français (reproduit un peu partout et bien entendu sur Allociné), qui donne l’impression que son rédacteur n’a pas vu le film. Mieux vaut donc ne pas le lire et privilégier l’interview de la réalisatrice figurant notamment dans le dossier de presse.
Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur
