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EN AMONT DU FLEUVE

Un film de Marion Hänsel

Voyage au bout du vide

Homer et Joé, deux frères qui ont vécu séparément, embarquent sur un bateau et remontent un fleuve en Croatie dans l’espoir d’éclaircir les circonstances de la mort de leur père...

L’errance d’un bateau ou d’une embarcation sur un cours d’eau qui traverse une nature luxuriante nous évoque immédiatement "L’Odyssée de l’African Queen" (1951), "Aguirre" (1972), "Apocalypse Now" (1979) ou encore "Fitzcarraldo" (1982)… Avec "The Lost City of Z" (2017), James Gray leur a rendu un hommage sublime en restituant l’aspect mythologique que symbolise ce type de voyage. Marion Hänsel ne se place certes pas sur le même registre avec ce récit intimiste, pour autant le moins que l’on puisse dire c’est que l’inspiration n’était pas au rendez-vous.

"En amont du fleuve" est une belle balade. La remontée du fleuve jusqu’aux cascades nous offre une succession de magnifiques images de paysages cadrés à la perfection. Chaque plan est parfaitement composé en fonction des lignes que dessinent le contour des montagnes et de leur reflet sur l’eau. Mais malheureusement ce décor ne dépassera jamais le statut de carte postale et pourrait être l’équivalent d’une publicité touristique, car il ne sera pas le théâtre d’un récit consistant.

La quête des personnages, qui vise à soulever le mystère de la mort de leur père, n’est ici qu’un prétexte pour étudier le comportement de deux frères aux caractères opposés qui se découvrent tardivement. C’est un parti-pris valable, mais auquel on ne donne pas de véritable contenu. La réalisatrice utilise une série d’astuces pour révéler leur véritable tempérament et l’évolution de leur relation (ils recueillent un chien, le bateau tombe en panne, une blessure…), mais tout cela ne nourrit pas l’intrigue, reste insignifiant et n’apporte rien à l’histoire. Les éléments qui sont ainsi avancés n’aboutissent pas, ce qui les empêche d’apporter une véritable structure au film.

L’enquête des protagonistes n’est pas suffisamment exploitée et finit même par être expédiée. Les tentatives de mise en place de sous-intrigues (avec le monastère, le trafic d’armes) ne sont pas développées. Sergi Lopez est inexistant. Ce film est beau mais il est inconsistant et ne va nulle part, ce qui est dommage car la première partie parvenait à poser une ambiance qui suscitait la curiosité, mais ce sera la déception à l’arrivée.

David ChappatEnvoyer un message au rédacteur

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