ELLE ENTEND PAS LA MOTO
Une histoire de famille poignante, filmée sur 25 années
Synopsis du film
Pendant 25 ans, la réalisatrice Dominique Fischbach a filmé par intermittence la famille de Manon, née sourde de parents entendants, comme son frère Maxime. La famille se retrouve dans le chalet fraîchement acquis par les parents de Manon en Haute Savoie, l’occasion pour chacun de revenir sur les années passées, difficiles comme plus joyeuses, à grands renforts d’archives familiales, mais aussi sur les parcours respectifs de Manon et Maxime, sourds dans un monde entendant, entre oralisme, langue des signes, difficultés de communication et résilience…
Critique du film ELLE ENTEND PAS LA MOTO
« Elle entend pas la moto », dit le petit Mathéo à propos de sa maman, Manon ; et en effet, Manon, 35 ans, n'entend pas les motos, ni bien des choses puisqu'elle est née sourde comme son frère, Maxime. Trois enfants, dont deux sourds dans une famille entendante. Sacrée affaire, surtout à une époque où la langue des signes française n'était même pas encore reconnue comme langue à par entière (elle ne l'est que depuis 2005). Petit à petit, on replace les pièces du puzzle de l'histoire de cette petite famille qui passe présentement quelques jours de vacances au beau milieu de la Haute Savoie. Le paysage à couper le souffle encadre le chalet nouvellement acquis par les parents de Manon, et les voilà qui tous ensemble, dans ce nouvel espace idyllique, se remémorent des temps passés, difficiles comme plus joyeux.
Un lourd nuage gris pointe parfois son nez lorsqu'on évoque le petit frère, Maxime, qui ressemble si fortement au petit Mathéo, mais le voilà qui disparaît quand arrivent les archives familiales qui montrent de manière détaillée les enfants qui grandissent avec la surdité et les parents qui s'adaptent. Dominique Fischbach, la réalisatrice, était là elle aussi avec sa caméra il y a 25 ans. Ancienne documentariste pour l'émission Strip-tease, elle a rencontré la petite famille pour un épisode et a finalement décidé de les suivre d'année en année. Nous voilà alors les témoins privilégiés de dialogues pépites entre sœurs, de ceux dont on aimerait avoir gardé la trace nous aussi, mais également des réactions de chaque membre de la famille face à la surdité. La colère, la fatigue, l'irritation de Manon et Maxime font face à la patience, la maladresse et l'amour de leurs parents et de leur sœur entendante, Barbara.
Le film se déploie ainsi entre passé et présent, questionnant les décisions prises alors, mais aussi la place des sourds dans la société d'aujourd'hui. La lumineuse Manon se tient au centre du film et, grâce à un gros travail sur le son, on parvient en sa compagnie à expérimenter un tout petit peu ce qu'être sourd peut vouloir dire : toute la concentration nécessaire à la lecture labiale, l'isolement en société quand tout le monde parle en même temps ou quand les gens détournent la tête, la gène procurée par l'appareillage…
Ce beau film d'été, lumineux comme Manon, est à voir pour qui se questionne sur les problématiques que rencontre la communauté sourde au quotidien, mais aussi pour qui souhaite voir une histoire de famille poignante, qui a eu la chance d'être filmée avec une grande délicatesse sur 25 années. À noter que les salles qui sortiront le film le 10 décembre, le sortiront toutes en français sous-titré en français, et que certaines pourront proposer aussi - à la demande - la version sous-titrée SME ou bien la version en audio-description.
Amande DionneEnvoyer un message au rédacteur

