ELEONORA DUSE
Un film en costumes ampoulé, sauvé par une Valeria Bruni Tedeschi habitée
Synopsis du film
À la fin de la Première Guerre mondiale, l’actrice de théâtre Eleonora Duse rend visite aux troupes de soldats usés. Elle qui a arrêté de jouer il y a 10 ans, est encore adulée par les masses. Quelques temps après, alors qu’elle a renoué avec le poète D’Annunzio, elle apprend par courrier la banqueroute de la Bank of Berlin. Ruinée, elle décide de remonter sur scène après 12 ans d’absence…
Critique du film ELEONORA DUSE
Passé par le Festival de Venise 2025, "Eleonora Duse" est le portrait d’une actrice italienne contemporaine de Sarah Bernhardt (qu’on aperçoit dans deux scènes sous les traits de Noémie Lvovsky) qui est considérée comme l’une des plus grandes artistes italiennes. Valeria Bruni Tedeschi, nommée aux European Films Awards pour ce rôle, porte indéniablement le film sur ses épaules, incarnant toute la fébrilité, les élans valeureux, le talent pour l’invention, l’amour de son art, le sens du drame et les pulsions amoureuses de la femme autant que de l’actrice. Le récit s’avère avant tout intéressant sous certains aspects historiques, Duse étant contrainte de rechercher des mécènes et entretenant des relations de plus en plus troubles avec le parti fasciste, alors que Mussolini arrive au pouvoir. Prise dans son obsession de faire construire un temple pour le théâtre, et de monter une nouvelle pièce, elle courra amèneront progressivement à sa perte.
Si la reconstitution est impeccable en termes de décors, de costumes, de coiffures, le film, doté d’une magnifique photographie, souffre d’un montage qui fait une part importe aux images d’archives. Une intention louable pour incarner l’ambiance de l’époque (fin de la guerre, discours haineux, répression des grèves…) mais qui embourbe la dynamique du personnage. Et que penser des élans modernes soudains que tente Pietro Marcello ("Martin Eden", "L'Envol"), avec l’utilisation de musique moderne ? Ils sont par moments réussis comme lorsqu’on passe des répétitions au théâtre au public qui applaudit sur une musique dynamique (incarnant le désir hardant d’Eleonora de rejouer…), parfois lourds avec l’envolée d’un aigle sur une musique qui pulse. Des visions de terreurs d’une femme qui a peur de la mort ou la pauvreté, au piège que représente le pouvoir en place, "Eleonora Duse" restera un film inégal, dans lequel Valeria Bruni Tedeschi incarne les tourments et la démesure, et surtout l’envie irrépressible de jouer (représentée dans tout son excès lorsqu’elle raconte l'histoire de Pinocchio, avec tant de ferveur qu’elle fait peur aux enfants de sa propre fille).
Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur


