ELEANOR THE GREAT
Un film fort et tendrement émouvant
Synopsis du film
Eleanor et Bessie sont deux amies réunies après le décès de leurs conjoints respectifs et qui vivent ensemble en Floride dans une parfaite alchimie. Quand la seconde se retrouve à l’hôpital, la première est récupérée par sa fille qui habite à New York où elle va nouer une autre amitié, avec une jeune étudiante de 19 ans…
Critique du film ELEANOR THE GREAT
Au Festival de Cannes 2025, de grands noms de jeunes comédiens ont foulé les marches du palais en tant que réalisateurs de leur premier long-métrage. Kristen Stewart a ainsi présenté "The Chronology of Water", Harris Dickinson "Urchin" (en salles en février 2026) et Scarlett Johansson son "Eleanor the Great", tous dans la section parallèle Un Certain Regard. Des trois, on pourrait penser que c’est Scarlett Johansson qui a pris le moins de risque avec une histoire plus simple, plus accessible, plus grand public, mais détrompez-vous ! N’est-ce pas un vrai pari que de choisir pour héroïne une grand-mère de 94 ans ? N’est-ce pas un pari que d’être autant en décalage avec ce public qui l’a hissée au rang de star ? Celui qui l’a suivie au travers des franchises Marvel ("Avengers", "Black Widow") et maintenant Jurassic Park ("Jurassic World : Renaissance"). On est loin, très loin de cet univers blockbuster et, en faisant ce pas de côté pour sa première réalisation, la cinéaste nous rappelle ses débuts dans des films plus modestes ("Ghost World", "Lost in Translation") et que finalement, tout au long de sa carrière, elle a su alterner entre grosses machines hollywoodiennes ("The Island", "Lucy"), comédies ("Pire soirée", "Ave, César !") et films indépendants ("Under the skin", "Her").
Alors sera-t-elle suivie par son public ? Rien n’est moins sûr devant l’exigence de celui-ci (c’est-à-dire de la grosse machinerie qui se bouffe comme du pop-corn devant les bandes annonces). Va-t-elle trouver un autre public ? Certainement ! Celui en quête d’un cinéma exigeant, touchant, qui fait les beaux jours des salles obscures ces derniers temps et qui nous enchante avec des films tels que "Winter Break", "A Real Pain", "Sorry, baby"… Celle qui fête ses 41 ans pratiquement jour pour jour lors de la sortie française de son film nous convie ainsi à une comédie intimiste et douloureuse, un film fort et tendrement émouvant. On est cueilli dès les premières scènes par ces deux mamies parfaitement assorties et on suit avec émotion cette histoire de Tory Kamen qui sent bon la naphtaline ! Vous savez cette odeur réconfortante qui nous renvoie dans le vieil appartement de notre grand-mère, cette odeur qui nous remémore ces dimanches en famille quand nous dégustions les traditionnels plats réconfortants et nous jouions aux cartes alors que dehors la pluie tombait. "Eleanor the Great" c’est ce film qui peut réveiller en vous la fibre émotionnelle d’une relation forte avec vos aïeuls. D’autant que le script va permettre aux âges de communier, dans un rapport fort et fragile à la fois, entre cette vieille dame, aux réactions parfois enfantines et irresponsables, et une jeune étudiante, davantage réfléchie et consciencieuse.
La magie des deux personnages opère sous nos yeux embués. Les deux comédiennes leur donnent brillamment vie. Mention spéciale à June Squibb, 96 ans, qui est irrésistible entre rires et larmes. Cette actrice, peu connue de notre côté de l’Atlantique, s’était distinguée dans le "Nebraska" d’Alexander Payne pour lequel elle avait été nommée à l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle. Côté mise en scène, en revanche, on pardonnera une réalisation un rien académique, pour ne pas dire sans originalité, de la part de Scarlett Johansson qui se contente de dérouler, avec efficacité et sans effets ostentatoires, sa parfaite direction d’acteurs et son scénario sur le sens de la vérité, de l’amitié et de la transmission. Un script qu’on aurait aussi aimé moins facile sur la fin, tirant malheureusement sur la corde sensible sans qu’il eut été nécessaire d’y avoir recours. Mais, au final, "Eleanor the Great" est un enchantement, un film sensible, touchant et émouvant, à conseiller à toutes les générations.
Mathieu PayanEnvoyer un message au rédacteur
