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DOG POUND

Un film de Kim Chapiron

Entre les murs d’Enola Vale : un grand coup d’extincteur dans la tête !

Dog Pound c’est l’immersion de trois délinquants, Davis, Angel et Butch, dans un centre de détention juvénile américain. Ils sont ici pour payer les crimes qu’ils ont commis. Au milieu des autres détenus, ils devront trouver leur place : victimes ou bourreaux. Ce sont les seuls choix qu’offre Enola Vale...

En 2006 sortait « Sheitan », un OVNI dans le panorama cinématographique français. Le succès critique du film était alors très partagé, la réalisation sur-vitaminée, pesante et violente du film ne laissant personne indifférent. Aux commandes, un jeune réalisateur issu du collectif Kourtrajmé entouré de sa famille et d’une bande de potes. Son nom n’était pas encore sur toutes les lèvres, mais déjà certains s’accordaient à dire que ce jeune réalisateur novateur et audacieux serait à suivre de très prés. 4 ans plus tard, sur une idée de Georges Bermann (le producteur des derniers films de Gondry) Kim Chapiron revient avec un nouveau film et nous dévoile un synopsis et une bande annonce semblant bien loin de son conte horrifique moderne et déjanté. Un film qui peut sembler a priori surfer sur la mode de l’univers carcéral (« Un Prophète », « Prison Break », « Oz »…) mais qui s’avère vrai et original, révélant une fois encore le talent de Chapiron.

Naviguant entre le film de genre et le docu-fiction, Chapiron se joue des codes et ficelles du film traditionnel. Il en ressort avec un film drôle, violent mais surtout poignant. L'œuvre n’est pas là pour faire une critique des conditions de détention dans ces centres (les gardiens restent humains et sont parfois même comme des parents pour le détenus), mais a pour simple prétention de poser la question de l’incarcération des mineurs dans de tels environnements. Toute la force du film réside dans sa capacité à coller au plus près de la réalité, et pour commencer avec ses acteurs.

Pour ce second long métrage, le réalisateur au réseau d’amis-acteurs plus qu’étoffé décide de choisir des amateurs, et mieux que cela, des jeunes délinquants issu de centres d’incarcération juvénile américains. Un an de vadrouille, accompagné de son co-scénariste à arpenter les centres de détention et proposer des ateliers théâtraux, afin de dénicher ces acteurs tous plus crédibles et touchants les uns que les autres. Le film est littéralement porté par le jeune Butch (Adam Butcher) dont la folie et la colère du personnage sont lisibles à chaque instant sur le visage. Le jeu n’est pas simplement juste, il est vrai. Les autres protagonistes, chacun à leur manière, apportent leur touche d’émotion (Mateo Morales et Shane Kippel), d’humour (Slim Twig) ou de violence (Taylor Poulin). Tout au long du film, notamment lors de la fantastique scène de balle aux prisonniers, ces différents personnages et caractères se découvrent, s’entraident, s’amusent et s’affrontent, créant une alchimie touchante, nous rappelant qu’après tout, ce ne sont que des enfants qui ont grandi trop vite.

Autre énorme point fort du film : les dialogues. Les ateliers théâtraux et la part d’improvisation laissée par Kim Chapiron aux acteurs laissent là encore cette impression fantastique d’être en face d’un film qui s’écrit devant nos yeux. Dans les scènes d’amusement entre les détenus, les répliques sont fluides et laissent les spectateurs se surprendre à rire devant ces batailles verbales, malgré la violence générale du film.

Le tout est mis en image par une réalisation simple et sobre, arborant une photographie froide rappelant ainsi la morosité et la tristesse de l’endroit. Un film donc techniquement à l’opposé du précédent, autant sur le fond, que sur la forme. Cependant un élément est commun aux deux : la violence. Si dans son premier film Chapiron l’utilise pour amuser et dynamiter son anti-conte glauque, elle est dans « Dog Pound », à la manière d’ « Irréversible » de Gaspar Noé, un élément de choc. Constamment présente dans l’atmosphère du film, la violence est dépeinte avec brio, les rires nerveux des spectateurs durant certaines scènes démontrent ainsi à quel point ces dernières peuvent être dérangeantes.

Enfin du côté de la bande son, le film n’est pas en reste non plus. Le chanteur K’Naan, qui était jusqu’au dernier moment choisi pour interpréter le personnage remplacé par Butch (son travail de composition de l’hymne de la prochaine coupe du monde de football l’en ayant empêché), nous offre ici une bande originale magistrale et tout aussi captivante que le film.

Certes la violence et la forme de ce film en dérouteront plus d’un, et les grosses ficelles du genre exploitées (viols, drogues, loi du plus fort…) ne seront pas comprises par d’autres… Mais cette œuvre reste une des grosses surprises de l’année, et Kim Chapiron un nom qui ne s’oubliera pas de sitôt. Film en marge des réseaux habituel de communication, celui-ci mise son succès sur le bouche à oreilles.

Quentin LambEnvoyer un message au rédacteur

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