TOP : 10 FILMS MARQUANTS DE LA CARRIÈRE DE JODIE FOSTER bannière © Claire Fridkin (licence CC-BY-SA-4.0)

DITES-LUI QUE JE L'AIME

Un film de Romane Bohringer

Une déclaration d’amour ardente à celles qui ne sont plus là

Synopsis du film

Romane Bohringer décide d’adapter le livre de Clémentine Autain consacré à sa mère. Rapidement, la comédienne et réalisatrice se rend compte que cette histoire résonne beaucoup en elle…

Critique du film DITES-LUI QUE JE L'AIME

En 2018, Romane Bohringer passait pour la première fois derrière la caméra, afin de nous faire pénétrer son intimité à travers le docu-fiction délirant, "L’Amour flou", devenu depuis une série pour Canal+. Pour son deuxième long métrage, on retrouve son goût si prononcé pour les séparations biscornues, cette ligne fine qu’elle s’amuse à tordre entre les séquences mises en scène et celles qui relèvent du documentaire. Le postulat était pourtant simple : la cinéaste souhaite adapter l’ouvrage de Clémentine Autain, "Dites-lui que je l’aime", consacré à sa mère, l’actrice Dominique Laffin, décédée à 33 ans. Mais dans le texte de l’écrivaine va résonner un écho qu’elle n’avait pas anticipé, celui de sa propre histoire, de cette génitrice qui l’a abandonnée à l’âge de 9 mois, avant de disparaître définitivement durant son adolescence.

Ici, les mots seront plus graves que dans sa précédente réalisation, car les maux sont encore douloureux et à vif. De cette souffrance silencieuse, Romane Bohringer en tire une œuvre bouleversante, sensible et pudique malgré le supposé voyeurisme du dispositif. Rapidement, le projet de transposition à l’écran du récit se transforme en quelque chose d’autre, en une quête personnelle où deux femmes se croisent pour partager des douleurs communes. Capturant les doutes de Romane Bohringer face à un livre supposé inadaptable, "Dites-lui que je l’aime" est surtout un cheminement vers une délicate paix, celle tant recherchée après des années de déchirement dans l’ombre. On ne guérit probablement jamais véritablement d’une telle situation, et les deux protagonistes en ont bien conscience, mais leur rencontre va obliger la réalisatrice à se replonger dans son passé, affronter ces fantômes avec lesquels elle avait pris l’habitude de vivre.

Dans ce projet hybride et original dont le dispositif narratif n’est pas sans rappeler celui de Mona Achache sur "Little Girl Blue", la vérité s’impose plus qu’elle ne se récrée, c’est pourquoi ni Julie Depardieu ni Céline Salette ni Elsa Zylberstein ne seront retenues pour interpréter Clémentine Autain. On ne joue pas avec ces émotions-là, et c’est la femme de lettres devenue député qui viendra elle-même déclamer son texte, en voix-off, pour accompagner les images de son enfance. Si le procédé pourrait apparaître comme lourd et larmoyant, c’est tout le contraire qui s’esquisse devant nos yeux embués, le film débordant de sublimes séquences où le scénario touche à l’universel. Toujours du bon côté, le métrage est un témoignage saisissant, parfois à la limite de l’enquête policière, où celles qui restent racontent celles qu’elles n’ont que si peu connu, sans jugement ou animosité. Dans ce travail psychanalytique, Romane Bohringer brouille les frontières entre l’intime et le publique, et tire de son besoin de compréhension une œuvre lumineuse et poignante, qui a ému les différents spectateurs, du Festival de Cannes à celui de Sarlat, où il vient de remporter la Salamandre d’or. Espérons désormais que "Dites-lui que je l’aime" trouvera aussi sa place dans les salles obscures, car ce n’est pas tous les jours qu’un projet aussi rare et précieux se fraie en chemin jusqu’au grand écran…

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

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