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DISCLOSURE DAY

Un film de Steven Spielberg

La vérité est ailleurs, on dirait…

Synopsis du film

Daniel Kellner, spécialiste de la cybersécurité travaillant pour la société Wardex, dérobe plusieurs archives classifiées remontant aux années 40 et prend la fuite avec sa compagne Jane. Loin de là, à Kansas City, la présentatrice météo Margaret Fairchild se met à développer d’étranges capacités verbales et intellectuelles après avoir été en contact avec un cardinal rouge dans son appartement. Ces deux individus, plus connectés qu’ils ne le pensent et dès lors pourchassés par un ennemi commun, entament alors une quête aussi décisive pour leur propre nature que pour l’avenir de l’humanité…

Critique du film DISCLOSURE DAY

Ce n’est pas un scoop en soi : les belles intentions ne font pas tout, et porter nos plus beaux espoirs en bandoulière n’est pas toujours gage de joie. Comment se positionner sereinement face à un film à ce point ancré dans le merveilleux et imaginé par un créateur merveilleux dans le but d’émerveiller, mais qui in fine n’émerveille que peu ou prou ? S’efforcer de déceler le moindre couac dans la stricte fabrication de la chose a tôt fait de trouver ses limites quand celle-ci, ne serait-ce qu’en termes de technique et de fabrication, met globalement la concurrence à l’amende – rien d’étonnant quand le responsable s’appelle Steven Spielberg. Mettre en cause notre ressenti à chaud ne pèse pas bien lourd non plus à partir du moment où le blocage trouve sa nature dans quelque chose de très identifiable, à savoir le fond caché de l’objet en question – rien de rassurant quand le coupable s’appelle Steven Spielberg… Mettons tout de suite les choses au point : loin de nous l’idée de douter tout à coup de l’intégrité de celui qui fut – et qui reste – le maître à penser de 90% des cinéphiles de la planète, capable de façonner avec génie et passion tout un pan du cinéma populaire, loin de tout diktat idéologique ou labellisation normative, et ce en plaçant à chaque fois aux postes techniques quelques-uns des plus gros cadors de l’industrie (du compositeur John Williams au chef opérateur Janusz Kaminski, la liste est longue). Mais un grand façonneur de mythes et d’émotions est-il pour autant à l’abri de la perte d’une partie de son âme ? À vrai dire, "Disclosure Day", aussi fermement attaché soit-il à l’idée de « croyance » au sens large, a le mérite de nous poser un cas de conscience.

Il serait mensonger de prétendre que le papa d’"E.T." et de "Jurassic Park" nous aurait positionné pour le coup sur un terrain non familier. Bien au contraire : Spielberg bâtit ici un film en tous points fidèle à sa croyance humaniste envers une humanité susceptible de se transcender au contact de l’imaginaire, et ce avec une vaste architecture d’enjeux sous-jacents qui avaient déjà habité bon nombre de ses plus grands films, de "Rencontres du troisième type" à "Ready Player One" en passant par "A.I." et "Minority Report". Et en ce qui concerne son aptitude à immerger le spectateur dans un univers drivé par le rythme narratif et le mouvement de sa caméra, ce nouvel opus passe clairement pour une énième leçon de cinéma. Le problème vient hélas d’ailleurs, telle une vérité pénible qui se nicherait sous une surface aveuglante. Pour faire simple, ce n’est plus la virtuosité de la mise en scène de Spielberg et la richesse évocatrice de ses cadres qui portent ici le propos, mais c’est au contraire le scénario qui le (dé)livre lourdement (parce que verbalement) au détriment des situations vécues. Un scénario qui, à mi-chemin entre un solide épisode parano de "X-Files" et une poursuite science-fictionnelle sur fond d’un enjeu grillé par son seul titre (on sait d’entrée qu’il y a de l’alien dans l’équation…), fait mine de tisser un mystère par le biais de deux protagonistes sans lien apparent pour ensuite créer un effet de convergence par des choix scénaristiques pour le moins déconcertants.

D’entrée, on veut bien admettre qu’au sein d’une époque aussi sombre et tourmentée dont le film s’efforce très explicitement de prendre le pouls (crise économique, météo instable, chaos sociétal, guerre mondiale à l’horizon, pouvoir caché qui refuse de déclassifier des dossiers secrets…), "Disclosure Day" cocherait toutes les cases de l’opus réconciliateur et fédérateur dont notre monde aurait besoin. À ceci près que le scénariste David Koepp a livré ici un script étrangement dévitalisé de tout effet de surprise ou de sidération, si ce n’est au travers d’un deus ex machina bien pratique pour réécrire les règles de l’univers et du récit lorsque la fuite de nos protagonistes semble rencontrer un obstacle fatal. Inutile d’entretenir plus longtemps le suspense [ATTENTION Spoiler] : on parle bien sûr de ce mystérieux artefact alien, ici objet central de la traque en action, et qui permet visiblement tout à son possesseur : contrôler autrui, devenir invisible, rebrancher le courant, visualiser le passé, etc… Ce qui, ajouté à une symbolique animale pataude en lien direct avec l’esprit des contes enfantins (le coup du cerf et de l’oiseau suscitent presque un rire nerveux) et à une quête de spectaculaire imposée au détriment des enjeux du récit (on relève ici deux grosses scènes d’action qui impressionnent la rétine sans forcément servir à grand-chose), laisse à penser que tonton Steven a cette fois-ci visé la facilité en lieu et place de la cohérence.

On pourrait aussi trouver à redire sur une interprétation toute en sinusoïde, à l’image d’une Emily Blunt qui zigzague trop d’un extrême à l’autre question psychologie, ou encore d’un Colin Firth qui abuse des regards machiavéliques pour bien signifier qu’il est l’antagoniste. On pourrait aussi tiquer devant un récit qui creuse la notion de croyance en l’orientant un peu trop du côté de la religion – ce qui est logique chez Shyamalan paraît incongru chez Spielberg. Mais au fond, qu’importe la matière du propos, seule compte ici la manière dont il est exprimé. Et là-dessus, après une bonne heure et demie de pellicule, il suffit d’un face-à-face spatialement trompeur entre les personnages quasi omniscients de Colman Domingo et de Colin Firth (grosso modo les deux seuls personnages à savoir la « vérité ») pour que la finalité humaniste du récit nous soit offerte façon packaging : en gros, l’empathie de tout un chacun est ce qui sauvera le monde de son extinction. D’aucuns pourraient ricaner ou crier à la naïveté bêta face à une lapalissade pareille, mais sans doute que l’aura dont Spielberg a toujours bénéficié (à juste titre) devrait en principe l’absoudre de tout reproche. Sauf que non. Là, pour le coup, ça coince. Parce que si le cinéaste prétend ici regarder vers l’avenir, il se borne surtout à répéter le passé, tant en termes d’enjeux que de croyances. Plus gênant encore : Spielberg aura beau nier toute fibre complotiste en lui et affirmer croire encore et toujours en l’existence d’une vie extraterrestre, ces deux arguments ne plaident pas ici en sa faveur.

D’un côté, la narration se fait lourde à force d’ériger en valeur suprême la nécessité de révéler au grand jour la vérité cachée derrière les apparences (ce qui, quand on y repense, inverse l’enjeu d’un "Pentagon Papers" attaché à questionner la possibilité ou non de révéler le « scoop »), avec en plus un ennemi obstiné et sans grande nuance, visualisé selon les canons les plus cauchemardesques des complotistes de tout bord (en gros, des types habillés en noir qui froncent les sourcils et se déplacent dans des voitures sombres). De l’autre, difficile de déceler dans la démarche de Spielberg la volonté de remettre au goût du jour des schémas de lecture universels que le cynisme ambiant et/ou des décennies trop lourdes à subir nous auraient fait oublier. Est-ce parce que filmer des aliens comme les bipèdes rachitiques de "Rencontres du troisième type" sonne désormais vieillot, ou encore parce que ressasser – parfois de façon moralisatrice – le fait que de telles révélations sur les aliens (avec l’indécrottable incident de Roswell comme origine, allons-y carrément !) nous font nous interroger sur notre place dans l’univers est une donnée acquise depuis des décennies ? C’est triste à dire, mais ici, pour l’une des rares fois de sa carrière, Spielberg transcende moins sa fabrique du merveilleux qu’il se borne à en ressasser les mêmes vérités dans une ère de post-vérité qui les a absorbées et revitalisées depuis longtemps. En prenant malgré lui la suite de ce chant du cygne idéal que fut "The Fabelmans", "Disclosure Day" a clairement valeur de régression. Message reçu… avec une certaine tristesse.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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