DEVANT
Un contrechamp pertinent, qui aurait mérité quelques éclairages
Synopsis du film
Elles sont principalement des femmes, mais aussi quelques hommes, venus rendre visite à un mari, un ami, un frère, au Centre de Rétention Administrative de Paris. Tous et toutes attendent sous un abri en bois ou assis sur un banc situé à côté, dans le bois de Vincennes, face à l’entrée du CRA. Et chacun se livre sur les conditions de détention, leur ressenti de personne restée à l’extérieur, le maintien du lien, dans l’attente d’un rendez-vous qui se fait parfois attendre, et d’une libération espérée…
Critique du film DEVANT
Avec une très bonne intention de départ, celle de laisser la parole à ceux et celles qui viennent rendre visite à un proche, enfermé dans un CRA (Centre de Rétention Administrative), "Devant" propose un ensemble de portraits touchants (principalement de femmes) de ces personnes vivant librement à l’extérieur et souhaitant maintenir un lien avec quelqu’un qui risque l’expulsion. Interrogeant naturellement sur la politique migratoire, mais aussi sur la justice en France, questionnant un potentiel « racisme d’Etat » et les humiliations ou violences subies à l’intérieur, ces échanges sont riches de ressentis, le terme d’« innocents » revenant sans cesse au début pour décrire les internés, eux qui sont juste sans papiers, titres de séjours ou visa.
En ressort un mélange de force, d’abattement et d’usure, qui fait l’aspect émouvant de l’ensemble, certains personnages venant eux questionner les changements en matière de droit du sol, le double jeu des préfectures, l’appel aux immigrés lorsque cela arrange économiquement et le droit de chacun à rechercher de conditions de vie meilleures. Pourtant, il manque au documentaire justement des contre-points ponctuels, renseignements écrits ou commentaires sur les affirmations faites par moments sous le coup d’une colère qui bouillonne derrière un sourire optimiste ou d’une déception qui se dissimule mal. Dans ce documentaire avare en échappées (hormis un bout de trajet en RER…) et parfois redondant (les appels d’une femmes mariée à son conjoint avant ses visites... montrant cette l'écrasante routine), difficile de tout saisir en l'absence d'un effort d’étaiement de certains processus ou arguments, ou sans un commentaire sur la situation de ceux qui sont dedans ou en sortent. Reste un document essentiel pour questionner le maintien, au delà de l’humanité dans le centre, du lien depuis l’extérieur.
Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur
