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LES DERNIERS PARISIENS

Ça c’est du film de titi parisien

C’est la fête dans un bar de Pigalle. Les amis de Nas célèbrent son retour après une peine de deux ans d’emprisonnement. Le bar est à son frère, Arezki, et celui-ci l’aide à se réinsérer en lui offrant un boulot de serveur. Mais Nas se sent à l’étroit dans ses responsabilités et aspire à plus. Il a d’ailleurs de grands projets pour l’établissement d’Arezki…

Les membres d’un des plus emblématiques groupes de rap français, La Rumeur, s’attaquent au cinéma après un premier essai réussi dans le court (« Ce chemin devant » présenté en compétition cannoise en 2012) et ce n’est pas pour sortir une énième production surchargée de clichés sur les quartiers. Leur film a toutes les qualités d’un pur film d’auteur, au sens noble du terme. La forme est léchée sans aucun artifice tape à l’il. Bien sûr les musiques sont au diapason et les acteurs pro comme amateurs sont tous convainquants, ciné-géniques et nourrissent ce film noir de leurs gueules et de leurs présences dans la plus pure des traditions.

Alors qu’une des premières séquences fait la démonstration de tout le sexisme et du caractère primaire de certains potes de Nas, Hamé et Ekoué tordent très vite le cou aux idées reçues notamment à travers les personnages de Constantine ou d’Arezki via sa relation avec l’agent de probation de son frère. Les deux rappeurs et réalisateurs prennent le temps dans leur montage et nous laissent entrevoir la vie des personnages secondaires en évitant de les cantonner à de simples faire-valoir pour les protagonistes. « Les Derniers Parisiens » s’attarde sur l’humain derrière le milieu social ou les origines ethniques ce qui dégage une attendrissante authenticité à l’uvre.

A travers une écriture fine et précise, Hamé et Ekoué accouchent de dialogues éloquents qui ne sonnent jamais comme superflus. Chacun des échanges laisse entrevoir ce qui est au cur du film : Paris est en pleine mutation. La gentrification gagne du terrain. Les petites boutiques d’hier deviennent les grandes enseignes communes à tous les autres arrondissements et la normalisation est de mise même dans les quartiers populaires les plus emblématiques de la capitale. Nas et ses potes font partie de ces derniers parisiens qui se rendent compte peu à peu que les rois de Pigalle ne sont plus les patrons des petits commerces mais bien la gargantuesque mondialisation.

Alexandre RomanazziEnvoyer un message au rédacteur

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