DERNIÈRE SOIRÉE
Le Climax ça sera pour une autre fois
Synopsis du film
Lors d’une soirée entre adolescents où l’alcool et la drogue coulent à flots, quatre jeunes se retrouvent coincés dans la salle de bain. La porte leur résiste pour une raison étrange et ils vont devoir finir la nuit piégés ensemble. Peut-être serait-ce un moment parfait pour faire connaissance ? Ou pour régler des comptes ?
Critique du film DERNIÈRE SOIRÉE
Au vu de la note qui est ici attribuée et en constatant la réception de ce premier film, on pourrait croire que nous tirons sur une ambulance déjà mal en point. Et promis, ce n’était pas l’effet escompté. Mais force est de constater, que premier film ou non, "Dernière Soirée" (de son titre original "Last Party") affiche de grandes ambitions techniques et délaisse le reste. Petite mise au point : le film commence dans la voiture d’une des protagonistes (Angela) qui n’a pas trop la tête à célébrer au contraire de ses copines qui s’ambiancent comme jamais avant d’arriver au lieu où tout se passe. La caméra, alors installée au niveau des passagers, s’extirpe de la voiture et continue de suivre les pérégrinations d’Angela, entre mal être social et abus de substance. Ainsi va le long métrage de Nicolas Dozol, guidé par sa caméra en (faux) plan séquence, il s’attarde sur un personnage puis un autre, pour les faire se rencontrer (ou confronter) de force dans une salle de bain qui, pour une raison inconnue, ne veut plus laisser sortir ces jeunes fêtards un brin alcoolisés.
Alors il est évident, et le point attribué va dans cette direction, que le bonhomme connaît sa technique. Avec ses raccords (presque) invisibles, le cinéaste en herbe tient ses plans séquences d’une main de fer, hormis le premier, d’une laideur numérique indigne du savoir-faire déployé. Et comme il dure dans les 5 minutes en plus, l’immersion en prend forcément un coup. On se retrouve donc globalement face à un objet techniquement réussi (notamment pour un premier film fauché), que ce soit cette caméra qui se la joue Gaspard Noé, à virevolter à travers cette jeunesse perdue, le tout baigné dans une ambiance néon assez réussie. Mais le grand problème vient non pas des quelques erreurs techniques (qu’on pardonne volontiers), mais bien de l’interprétation d’un grand nombre d’acteurs, et ainsi, forcément, de l’écriture. Les acteurs et actrices étants « amateurs » ou « amatrices » sont en devenir, mais on notera tout de même une séquence intime entre deux jeunes hommes particulièrement belle et courageuse (quoique bien trop longue). Mais l’écriture dessert énormément l’ensemble de leur jeu, ainsi que notre potentiel intérêt pour aller jusqu’au bout de la nuit avec eux. Malgré sa courte durée, le film n’arrive pas à nous happer face aux divers « récits » et destins qu’il met en place, tant l’ensemble paraît figé quelque part entre le marbre et la fausse note.
On sent bien la volonté du metteur en scène de nous faire part de son regard sur cette nouvelle jeunesse qui ne se retrouve ni dans la fête comme leurs aînées (la jeunesse d’aujourd’hui a un rapport complètement différent à l’alcool par exemple) ni dans ce siècle dénué de sens et sans objectif commun. On aurait applaudi sur ces idées si elles n’étaient pas tout simplement énoncées par les protagonistes plutôt que d’avoir des vraies mises en situation liées au médium cinématographique. Et ce n’est pas pour être pompeux, mais pourquoi "Climax" de Gaspard Noé raconte véritablement quelque chose dans sa soirée cauchemar ? Parce qu’il met en scène ses idées au lieu de juste nous les cracher au visage verbalement. La question du rythme pâtit de cette écriture qui s’étire, puisque l'élément perturbateur (les jeunes coincés dans la salle de bain) n’arrive que dans les dernières 20 minutes à peine. On attendra donc les prochains travaux de ce cinéaste, curieux de voir sa mue et impatient qu’il mette en scène ses idées. Parce qu’il visiblement a des choses à dire et on espère pour lui que ce n’est pas sa Last Party.
Germain BrévotEnvoyer un message au rédacteur
